John Lennon - "Plastic Ono Band" (1970)
"Aucun artiste ne s'est autant livré que John Lennon sur son premier album" - Lenny Kravitz.
1970, la fusée explose en plein vol: les Beatles, c'est fini. Une nouvelle qui devait tomber, et qui se sentait depuis déjà deux ans, à force d'engueulades, et d'albums qui ressemblaient de plus en plus à une mise en commun des travaux solo de chacun. Mais, pas de problème: John, Paul, George, et même Ringo, continueront tous à assurer dès 1970. En vrai solo, cette fois. Indéniablement, en la matière, 1970 a été une grande année, une très grande année, et même la meilleure, les carrières solo des Scarabées étant toutes très inégales. Si on oublie l'album de Ringo, on obtient, en trois albums, la perfection absolue. George Harrison sort le double All Things Must Pass, un pur monument parfait de bout en bout, comptant parmi les plus grandes oeuvres musicales depuis 1954, naissance officielle du rock. Bien que All Things Must Pass soit incontestablement le plus grand disque d'un ex-Beatle en solo, le premier album de Paul, sobrement intitulé McCartney, est également un sommet. Reste l'album de Lennon. Et c'est de celui-là que nous allons parler, au cas où vous n'auriez pas vu le titre de l'article... Beatle John, donc, après avoir sorti une série d'albums expérimentaux avec Yoko, revient à de la musique écoutable avec son premier album solo, Plastic Ono Band, produit par... tiens tiens... Phil Spector, qui avait également produit le Harrison et le Let It Be des Beatles. Des sept albums solo que Lennon a sorti, Plastic Ono Band demeure sans le moindre doute son sommet, et est un album... comment dire... éprouvant, et émotionnellement terrifiant.
Vous avez bien lu. A travers ces 39 minutes de musique se cache un album littéralement bouleversant. Lennon, nouvellement trentenaire, a voulu, avec Plastic Ono Band, faire sa psychanalyse musicale, exorciser ses démons. Et des démons, le John en a beaucoup. Il n'a que peu connu ses parents, il n'a pour ainsi dire jamais vu son père, et sa mère, Julia Lennon, est morte quand il commençait à bien la connaître. Bref, Lennon n'a pas eu une enfance gaie, et éprouve, à l'époque, de la rancoeur envers les Beatles, et envers McCartney (il le prouvera dès l'année d'après avec How Do You Sleep, une chanson qu'il regrettera). Tout ça, il l'expose dans cet album à la pochette agréable et campagnarde. Le contenu, bien que magistral, n'est pas aussi reposant que le contenant, croyez-moi. Et il s'ouvre sur l'une des intros les plus paralysantes, les plus malsaines, les plus lugubres de toute l'histoire du rock. Quatre coups de cloche, une lourde cloche d'église. Et ce n'est pas les cloches du mariage... Déjà, ambiance ! Mais on n'en est qu'au début. Soudain, subitement, la musique part et Lennon clame Motheeeeeeer, you had meeee, but I never had youuuuuuuu... Cette chanson, c'est Mother. Une chanson absolument terrifiante et terrassante, dans laquelle Lennon parle de sa mère partie trop tôt, mais également de son père, qu'il n'a, donc, quasiment pas connu. Le morceau relève de la pure torture mentale, avec cette batterie lourde, pesante. Et surtout, dans sa fin, alors que l'on est littéralement terrassé par ce que Lennon nous balance, il se met à faire des cri primaux inimaginablement terrifiants à partir de cette phrase qui semble résonner comme un leitmotiv: Mama don't go, daddy come home ! Lennon fait exploser ses peurs enfantines, et en quelques sortes, son orphelinat (ses parents n'étaient pas morts, mais il ne les a pas connu enfant quand même). Il avait déjà écrit sur sa mère: Julia sur le double blanc des Beatles, était grandiose, mais il s'agissait d'une ballade toute calme, acoustique. Ici, il y a toute une force, qui met l'auditeur à genoux à chaque fois. Oui, on pourrait écrire un livre sur Mother, sur ce choc auditif absolu, qui constitue décidément un des sommets les plus Everestiens de Lennon.
John revient au calme avec Hold On, une chanson courte (même pas 2 minutes) qui constitue l'un des moments légers de l'album. En tous cas, après Mother, ça ne fait pas de mal ! I Found Out est beaucoup plus rock, rudimentaire, ténébreuse, vicieuse même. On sent un Lennon énervé, qui en a marre. Ici, il hurle plus qu'autre chose. On vous avait prévenu, cet album est avant tout un défouloir, une cellule d'asile musicale. Résultat, ce I Found Out brut de décoffrage comme rarement chez John, à défaut d'être le sommet de l'album, est efficace et burné, et ne souffre pas de sa production assez primitive (justement, si elle avait été parfaite, ça aurait gâché l'ambiance du morceau !). Maintenant que Beatle John n'a plus Paul et George sur le dos, il peut faire ce qu'il veut sur son album à lui. Et on aurait pas imaginé un morceau folk venir après I Found Out. Et pourtant, c'est le cas. Et c'est même un morceau folk contestataire, digne de Bob Dylan, qui suit. Bienvenue dans LA chanson de Lennon, ou du moins, un de ses classiques absolus. Une chanson qui sera reprise à toutes les sauces (Marianne Faithfull, David Bowie, Noir Désir, Marilyn Manson, Green Day, Bézu...), que tout le monde a déjà entendu une fois dans sa vie, j'ai nommé Working Class Hero. Une diatribe sur la considération de la classe ouvrière, qui sera censurée à la radio, car assez provocatrice. Franchement, que dire d'autre ? Classique total, parfait de ses paroles jusqu'à la gratte. Working Class Hero est une protest song immense, qui se passe de commentaires.
Isolation refermait la face A sur une bien belle note. Ballade mélancolique et sublime, beaucoup trop courte, et qui se laisse aller comme pas deux, jusqu'à sa catharsis, ce passage assez énervé qui constitue sans doute le meilleur moment de la chose. Lennon a rarement aussi bien chanté que sur cette ballade fusionnelle entre piano et batterie, dont Lenny Kravitz, qui semble porter cet album en haute estime (voir sa phrase en haut de la chronique), s'est sûrement inspiré pour son Stand By My Woman magnifique. Dans un autre style, Roger Waters, bassiste du Floyd, dira que Isolation est l'une de ses chansons préférées. Bref, une chanson sublime qui continue d'inspirer, à l'image de Lennon lui-même. La face B s'ouvre sur le chef d'oeuvre absolu Remember. Ici, curieusement, c'est la même recette que Isolation, avec cet espèce de fusion parfaite entre piano et batterie. La mélodie a tout d'une ballade magnifique, et pourtant, le morceau est rapide, speedé. Mais il reste toujours très pop, s'étend sur une durée parfaite. A noter qu'il se termine très subitement, sur un bruit d'explosion, ce qui fait toute son originalité. On a en effet l'impression que Lennon joue à vitesse accélérée, comme s'il savait qu'une bombe allait péter bientôt. Le résultat est magistral, et Remember constitue l'un des tous meilleurs moments de ce premier album solo de Lennon.
Love est un classique, sorti en single à titre posthume, en 1982. On avait proposé à Lennon de le sortir en single à l'époque. Il n'avait pas voulu, pensant que la chanson ne marcherait pas. Il y a de quoi penser ça: l'intro est très calme, le morceau vient très progressivement, et part tout aussi progressivement dans sa fin. Pas très commercial, tout ça. Pourtant, aujourd'hui, Love est un morceau reconnu qui se trouve sur tous les best-ofs de Lennon. Et pour cause, c'est tout simplement... sublimissime. On trouve dans les accords de piano les prémices d'Imagine, et Love est encore plus belle, presque déchirante, même. Pleine d'espoir (un des rares morceaux de l'album qui soit plein d'espoir, sûrement le seul d'ailleurs...), où John les bienfaits de l'amour. Monumental, somptueux. S'en suit le sommet de l'album du point de vue de la durée. Avec 6 minutes ou presque au compteur, Well Well Well est un infatiguable et terrassant blues-rock, qui part ensuite en transe incroyable à la I Found Out. Et comme sur le morceau cité, Lennon est énervé sur Well Well Well. Les paroles sont pourtant légères, mais le John a envie de crier, sur le coup. La production très garage rock est parfaite pour le morceau. Toutefois, Well Well Well se traîne un peu en longueur, et est le morceau que j'aime le moins sur l'album. Mais c'est vraiment pour chipoter: objectivement, c'est un sommet précurseur de groupes garage/blues comme les White Stripes ou les Black Keys.
Le morceau suivant, par contre, est une pure merveille mélancolique comme les feuilles d'automne sur le gravier. Look At Me est un morceau beaucoup trop court, et fantastique du début à la fin. Musicalement, il m'a toujours fait penser à Julia, sauf que cette fois, Lennon se centre sur lui-même. En résulte une chanson très personnelle, qui s'écoute comme si on rentrait dans la peau du bonhomme. Immense. Et enfin, il y a le final. Oh putain, le final. Appelé aussi "sommet absolu de Lennon en solo", voici God. Et là, on atteint le septième ciel. God est tout simplement un des plus grands morceaux jamais écrits par John Lennon. Le gars présente sa vision de Dieu. D'après lui, "Dieu est un concept par lequel nous mesurons notre souffrance". Puis il expose un tas de choses ou de personnes auxquelles il ne croit pas, ou plus. De la Bible à Hitler en passant par Bob Dylan. Et quand il en arrive à "I don't believe... IN BEATLES", silence vif et absolu. La dernière minute de la chanson est absolument bouleversante: "I was the walrus, but now, I'm just John"... Avant de conclure par cette phrase qui hantera longtemps l'auditeur, "The dream is over". Cette chanson veut dire, est l'exorcisme Lennonien de 30 ans d'existence. En 4 minutes. The dream is over, oui, car il n'est plus là, le Lennon ambitieux et plein d'avenir des Quarry Men. Il n'est plus là, le Lennon attachant et gentiment niais de la Beatlemania. Il n'est plus là, le Lennon hippie, moustachu et compositeur de mini-opéras rock psychédéliques et défoncés. Il n'est plus Beatle John. Qeulque part, en gagnant son indépendance musicale, il a accompli un acte de maturité incroyable, et tout est résumé dans ce God littéralement époustouflant. Inutile de dire que musicalement, c'est Byzance miniature sur son lit de caviar. Lennon a toujours ce petit pincement au coeur, ça se ressent dans sa voix. Il s'est rarement fait aussi grandiose, personnel, et l'auditeur en sort déboussolé, épuré. Dire que ces grands nigauds de U2 donneront une suite (ratée, en plus) à ce morceau... Quelle honte. God est l'une de ces chansons qui vous retournent toujours autant 10 000 écoutes après. Un morceau grandiose, la perfection même.
On terminera sur cet épilogue presque consternant de tristesse. My Mummy's Dead, 50 secondes comme sorties d'un vieux transistore, où John chante que sa mère est morte, et son désarroi. Mon dieu, rien que le titre annonce la couleur. C'est... horrible, dans un certain sens du terme. Une fin choc, brutale, à l'album, comme si God n'avait pas suffi... Inutile de préciser, après, que Plastic Ono Band n'est pas vraiment l'album à écouter au réveil. C'est une véritable expérience, une question philosophique mise en musique, sur la condition d'une star du rock dont la vie n'a pas été facile. Il a suffi de ce disque pour tout épurer dans la tête de John. Dès l'année d'après, avec son sublime deuxième album Imagine, on sentira un Lennon changé, trentenaire. Finies les conneries, je suis heureux avec ma Yoko, même si tout ne sera pas rose (la fameuse période du Lost Weekend est encore à venir...). Reste cet album monumental, choc inégalé et toujours aussi dérangeant, composé de pas moins de quatre putains de classiques Lennoiens, et sans le moindre doute la 2ème plus grande oeuvre d'un ex-Beatle en solo, juste derrière All Things Must Pass. Précisons enfin que, la même année, Yoko Ono sortira également un Plastic Ono Band, avec la même pochette, mais des chansons différentes, "chantées" (pour ne pas dire "braillées", "aboyées") par elle. Des deux albums, la légende retiendra celui de John.
La légende est vraiment bien foutue.
1. Mother (5.34)
2. Hold On (1.52)
3. I Found Out (3.34)
4. Working Class Hero (3.47)
5. Isolation (2.51)
6. Remember (4.32)
7. Love (3.20)
8. Well Well Well (5.57)
9. Look At Me (2.53)
10. God (4.12)
11 My Mummy's Dead (0.49)
Led Zeppelin - "Physical Graffiti" (1975)
Aaaaah, Physical Graffiti.
Le cas Physical Graffiti.
Sorti en 1975, voici le sixième album studio de Led Zeppelin, et aussi leur ante-pénultième, j'ai nommé, comme vous vous en doutez, Physical Graffiti. Avec sa pochette montrant les mêmes immeubles qui serviront six ans plus tard dans le clip de Waiting On A Friend des Rolling Stones, Physical Graffiti est l'unique double album studio du groupe de Jimmy Page, et aussi, vraiment, un cas particulier. En 1974, le groupe, au sommet de sa gloire, est fatigué, sort d'une immense tournée qui sera retranscrite par le film The Song Remains The Same. Mais, pas de répit, un groupe qui a offert cinq chefs d'oeuvre absolus au monde du rock en quatre ans d'existence ne doit pas se reposer. Et il faut à nouveau plancher sur un disque futur. Ce qui nécessite l'écriture et l'enregistrement de nouvelles chansons. Et ces chansons, il faut qu'elles aient de la gueule, il faut que ça plaise au monde entier, que ça rapporte des sous, un triomphe, des sous, des number ones, des sous, l'envie de faire un nouvel album ensuite, et des sous. Alors notre dirigeable exténué va être piqué par une aiguille mêlant flemmardise et idée de génie qui pourrait passer inaperçue. Cette idée fainéante, c'est de faire un disque composé d'une moitié de nouvelles chansons, et d'une moitié de fonds de tiroir. Ainsi naquit Physical Graffiti. A sa sortie, le disque niquera tout pour Led Zep: et que je me classe N°1, et que je te remplis cinq Earls Court d'affilée, et que je te vends 16 millions d'exemplaires... Problème: cet album est bien moins fort que les cinq précédents albums du groupe, les grandioses Led Zeppelin, II, III, IV et Houses Of The Holy. Il est également bien moins fort que l'album suivant du groupe, le grandiose (même si pas exempt de défauts) Presence. Et pourtant, il va être bien plus intéressant à chroniquer que tous les autres albums cités. Pourquoi ? Parce qu'il y a absolument de tout, dans ce double blanc Zeppelinien. Les 15 titres (pour pas loin d'1h30 de musique) de Physical Graffiti offrent à la fois de l'immense, du très bon, du médiocre, et du très mauvais. Bref, Physical Graffiti est un album inégal.
Un album, comme on a pu le voir, fainéant, aussi. Et pourquoi double, d'abord ? Ca aussi, on se le demande: parce que si l'on n'avait retenu que 45 minutes des 82 que le disque dure, on aurait peut-être eu l'incontestable chef d'oeuvre de Led Zeppelin. Et merde. Commençons par le début, c'est-à-dire par le premier disque. Une première partie de 39 minutes, pour six titres... Et indéniablement la meilleure. Tout s'ouvre sur Custard Pie. Dès les premières secondes, on a bien l'impression que l'on a retrouvé le Led Zep des débuts. En effet, dans l'épisode précédent, c'est-à-dire Houses Of The Holy de 1973, le groupe avait totalement changé d'optique, voulant se défaire de son étiquette "hard rock" (qui, de toute façon, ne convient pas du tout à Led Zeppelin, quand on s'y penche de plus près). Mais Custard Pie est, et c'est incontestable, une chanson qui ramène à la base, à l'époque de Led Zeppelin II, l'album le plus agressif et sauvage du groupe. Après, une fois que l'on a dit ça, pas de quoi sauter au plafond en ce qui concerne Custard Pie. C'est un très bon titre, évidemment, avec un superbe riff, et qui fait une parfaite ouverture, mais on a connu mieux en la matière, chez Led Zep. The Rover, par contre, est le premier morceau de l'album que l'on peut qualifier d'immense. Là, par contre, c'est clairement le paradis, même si pas la meilleure chanson du disque. Mais ici, on est face à un titre qui aurait pu se trouver sans honte sur le II ou le IV. Rythmique parfaite, Jimmy Page en état de grâce, Plant à la voix légèrement éraillée... The Rover est un classique instantané.
Pour l'instant, le bilan est plutôt bon: un titre d'ouverture tout à fait correct à défaut de briser les vitres, et un autre qui remet les burnes en place. Malheureusement, tout va être plombé. Plombé, à cause des 11 minutes qui complètent la face A. Le plus long morceau de toute l'histoire de Led Zeppelin, j'ai nommé In My Time Of Dying. Et pour être franc, au moment de ma mort, je n'ai pas envie qu'on me passe ça. Alors, ce n'est pas horrible, on n'est pas non plus dans Boogie With Stu... Mais, mon Dieu, qu'est-ce que c'est long !! Le fan Zeppelinien que je suis peut vraiment se faire suer, sur le coup. Le morceau est absolument interminable, et en plus, c'est fouillis. En fait, on peut se demander l'interêt de In My Time Of Dying. A part remplir un trou dans l'album. Bref, pas grand chose à retenir de ce truc 'too much' et assez chiant. On passera également sur le médiocre Houses Of The Holy qui suit. Chanson qui, comme son nom l'indique, devait se trouver sur le précédent cru du groupe, mais qui, à part son titre, ne sera pas retenue. Et tant mieux.
Tout de suite, le bilan se casse un peu la gueule. Mais pas de panique. Car voilà qu'arrivent, côte à côte, les deux sommets absolus de Physical Graffiti. Là, on s'attaque à du très lourd, à deux des plus grands moments de l'histoire Zeppelinienne, deux des... disons... 20 plus grandes chansons du groupe, sans hésitation ! Et la première, c'est Trampled Under Foot. Et alors là, déjà, les mots me manquent. 5'30 de pure féérie. On sait que le Zeppelin a toujours été attiré par la musique funk. Ca se ressentait déjà avec The Crunge sur Houses Of The Holy: une chanson honnête, pas exceptionnelle mais qui délivrait tout de même la marchandise. Peu importe, le Zeppelin n'était pas encore au top pour faire du funk. Mais ici... Putain, ici... Trampled Under Foot est une sorte de hard-funk démembré totalement magistral. Une tuerie qui déchire en sept morceaux le slip kangourou de la mère du voisin, qui a 55 ans, collectionne les balais à chiottes, et mange des nachos au fromage fondu en regardant des vieilles VHS enregistrées de La Ferme Célébrités. Je ne vois vraiment pas quoi dire d'autre que ces conneries, tellement Trampled Under Foot doit être écoutée.
Et le deuxième moment imparable, probablement encore plus fort que Trampled Under Foot, c'est Kashmir. Et là encore, que dire ?? Dans le sens où cette chanson est l'une des trois plus connues et emblématiques de Plant, Page, Jones et Bonham avec Whole Lotta Love et Stairway To Heaven ? Kashmir, qui sera massacrée 20 ans plus tard par je ne sais quel rappeur (Puff Daddy, je crois... et en même temps, je m'en contrebranle), est un tube interplanétaire. Sérieusement, qui sur Terre ne connaît pas ces cordes angoissantes et faussement orientales, propulsées par une rythmique grandiose ? Kashmir se rapproche de la perfection totale, fait sans le moindre doute partie des 5 plus grands morceaux de Led Zep avec Since I've Been Loving You, Achilles Last Stand, When The Levee Breaks et l'inénarrable Stairway To Heaven. Kashmir, c'est ça, c'est une claque totale dans la gueule avec Plant en état de grâce, et une section Jones/Bonham qui aura rarement été aussi efficace. Un pur monument refermant le disque 1 de Physical Graffiti.
Le disque 2, lui, contient 9 chansons, pour 43 minutes. Et là, il va falloir trier, parce que c'est un tel foutoir entre le bon et le mauvais, qu'on ne sait plus qui est quoi. Par chance, ça s'ouvre avec un morceau monumental, que certains trouveront trop long (presque 9 minutes...), mais pas moi. Ici, le Zeppelin choisit des sonorités indiennes, et c'est ce qui donne In The Light. Encore une fois, on est face à un grand chef d'oeuvre de l'album. Un morceau fleuve et pourtant très méconnu, qui navigue entre l'inquiétant et le territoire protégé, et donne au final un trip assez remarquable, et rare, pour du Led Zeppelin. Autant In My Time Of Dying pulvérise le record de longueur pour une chanson studio du groupe, autant pour Bron-Yr-Aur, c'est l'inverse. Cet instrumental de la part de Jimmy Page est, avec ses deux minutes tout rond, le morceau le plus court de Led Zep. Bron-Yr-Aur, ça rappelle quelque chose... Ca rappelle la sublime tentative country Bron-Yr-Aur Stomp, présente sur le troisième album du groupe. Et justement, ce Bron-Yr-Aur (nom venant d'un cottage anglais, si je ne m'abuse) date de la même époque. Et c'est une sublime partition de gratte acoustique, beaucoup trop courte. Une sorte d'intermède que l'on peut entendre dans le film The Song Remains The Same (quand le groupe arrive à New York). Superbe.
Bon, et bien, il faut avouer que depuis Trampled Under Foot, on ne s'est pas trompé sur la marchandise ! Malheureusement, ça ne va pas durer, la chanson suivante se rapprochant assez du désastre. Je veux parler de Down By The Seaside. Et là, Led Zep fait de la pop. Vous avez bien entendu. Down By The Seaside pourrait aller à Steely Dan. Mais qu'est-ce qui a donné à Page l'envie de faire ça ? C'est joli, mais c'est quand même totalement foiré... Pas la catastrophe absolue de l'album (ça ne va pas tarder...), mais quand même une grosse déception. Retour aux sources avec le génial Ten Years Gone. Et ça, ça fait du bien. Sans doute le dernier morceau ici que l'on peut qualifier d'immense. Ca ne tape pas dans le Zeppelin habituel, c'est un peu plus calme, mais tout aussi bon. Et absolument sublime, aussi. Ce qui est assez horripilant, c'est que, juste après ces six minutes de bonheur, on repart dans le néant, avec Night Flight. Un morceau, comme Houses Of The Holy, assez anodin, anecdotique. Il ne se passe rien dedans, et on s'emmerde vite. The Wanton Song s'en tire déjà bien mieux. Pas grandiose, mais tout de même efficace. Assez bourrin, ce titre, même, un bon vieux hard rock digne des premiers albums. Pas grand chose d'autre à dire dessus à part que ça fait du bien par où ça passe !
And now, ladies and gentlemen... Je vous avais promis LA catastrophe, la voilà. Boogie With Stu. Rien que le nom est con. Sorte de boogie-blues (au moins, le titre ne ment pas !) enregistré avec Ian Stewart au piano. Ian Stewart, le légendaire sixième Stones. Celui qui n'a jamais fait partie officiellement du groupe de Mick Jagger, mais toujours officieusement. Et qui a apporté ses claviers à des morceaux Stonesiens qui ne sont rien sans piano, tels que She's A Rainbow. Mais là, le voilà qui bosse avec le Zeppelin. Et franchement, cette chose, même dans le plus piètre disque de démos et d'inédits qui soit, n'aurait JAMAIS du sortir. Mon Dieu, c'est tout simplement... atroce, horrible. Du niveau de Candy Store Rock sur Presence, de Hot Dog sur In Through The Out Door, bref, des pires merdes de Led Zeppelin. Je ne veux même pas décrire le morceau, j'ai d'autres choses à foutre. Allez, assez parlé de ça.
Et le pire dans toute cette histoire, c'est que le Black Country Woman qui suit n'est guère mieux, ou alors à peine. Là non plus, pas envie d'en parler. Merde alors, Led Zeppelin voulait absolument foirer sa face D ou quoi ? Bon, remettons-nous d'aplomb avec le dernier titre, celui qui clôt. Sick Again est la chanson qui s'en tire le mieux, sur la face D. Mieux encore que The Wanton Song. Là, heureusement, on est dans de l'excellent, avec un superbe riff de Page, qui prouve qu'il n'a rien perdu (ouf ! c'était limite...). Physical Graffiti se termine comme il a commencé: avec une chanson qui, sans être grandiose, demeure d'un très bon niveau.
Bilan final: 5 morceaux immenses (The Rover, Trampled Under Foot, Kashmir, In The Light, Ten Years Gone), 4 très bons (Custard Pie, Bron-Yr-Aur, The Wanton Song et Sick Again), 4 médiocres (In My Time Of Dying, Houses Of The Holy, Down By The Seaside et Night Flight) et 2 nuls à chier (Boogie With Stu et Black Country Woman). Physical Graffiti, pour Led Zep, marque indéniablement le début de la fin. En six albums, c'est le premier à comporter de véritables signes de perte de vitalité. Des signes qui se retrouveront sur les deux derniers albums de la bande, Presence et In Through The Out Door. Mais, malgré son inégalité, Physical Graffiti demeure un véritable objet de culte, et un album qui, 35 ans après, continue de faire le débat, entre admiration et dénigration. On est vraiment en droit de se situer entre les deux, mais, parce que c'est Led Zeppelin, le premier l'emporte, inévitablement !
CD 1
1. Custard Pie (4.13)
2. The Rover (5.37)
3. In My Time Of Dying (11.05)
4. Houses Of The Holy (4.15)
5. Trampled Under Foot (5.34)
6. Kashmir (8.29)
CD 2
1. In The Light (8.48)
2. Bron-Yr-Aur (2.03)
3. Down By The Seaside (5.17)
4. Ten Years Gone (6.32)
5. Night Flight (3.36)
6. The Wanton Song (4.08)
7. Boogie With Stu (3.53)
8. Black Country Woman (4.24)
9. Sick Again (4.42)
The Stooges - "Fun House" (1970)
Rien qu'à la pochette, on sait que cet album est une claque. Qu'il l'était à sa sortie, en 1970, et qu'il l'est toujours autant 40 ans après. 36 minutes de furie noire, c'est ce qu'est Fun House, deuxième album des Stooges. Groupe culte s'il en est, sorte de The Doors x100, précurseur du punk-rock et du heavy metal, composé d'un jeune fou-furieux à tête d'iguane, nommé Iggy Pop... ainsi que de Dave Alexander, et des frères Ron et Scott Asheton. Découvert par le génial John Cale, qui venait alors de quitter le Velvet Underground, le groupe avait déjà eu un fier impact avec leur premier album, de 1969, produit par Cale et qui contenait moult furies garage rock qui deviendraient des classiques absolus et instantanés, I Wanna Be Your Dog en tête... Toutefois, le premier disque des Stooges, produit avec les pieds malgré Cale, contenait aussi, pour un nombre maximum de classiques, quelques chansons mineures, anodines. Un an plus tard, les Stooges reviennent avec une production en béton, sans le moindre doute la meilleure parmi leurs trois albums. Ils jouent de la pure bombe, de la violence musicale pure et gratuite. Pour la première fois depuis longtemps, un disque sort, qui va déraciner les oreilles des auditeurs. Qui va faire exploser les platines. Fun House est là et révolutionne le rock. Avec ce disque, les Stooges parviennent à rendre le hard rock, alors en pleine expansion, ringard: eux, ils vont beaucoup plus loin, et le prouvent avec un bordel sonore incroyable, un trip rare et précieux mais bien crade. 7 titres, 36 minutes, et un putain d'album de rock'n roll, qui dépote sévère et paraît encore violent aujourd'hui, comme s'il était sorti hier.
Dès les premières secondes, on sait qu'on va avoir affaire à une claque sans précédent. Avec un riff des plus saignants qui soient. Iron Maiden et Metallica sont là avant l'heure, tenez-vous bien, ceci est Down On The Street. Iggy donne l'ambiance, hurle comme un damné. Pour le reste, c'est aux bons soins de la gratte. Une chanson qui pourrait bien figurer dans le classement des meilleurs riffs de l'histoire du rock, des meilleures ouvertures d'albums, aussi. C'est du sauvage, c'est du crade, c'est du sans concession, les Stooges n'ont jamais sonné aussi réels. Classique instantané, Down On The Street est fabuleuse, et un des sommets absolus du groupe. On sent le rock réincarné, on sent que Fun House est une pure révolution. Loose est dans la même veine. C'est la chanson la plus courte de l'album, mais pas la moins bonne pour autant... Que dire ? C'est exactement la même chose que Down On The Street: un classique absolu dès la première écoute, doté d'un refrain immense où Iggy fait des merveilles, d'un riff monstrueux et de grattes imparables. La machine Fun House est lancée, elle est bien chaude, et c'est une machine fiable.
Dur de passer après une telle ouverture d'album. Pourtant, T.V Eye relève le pari. Bon, qu'on se le dise, cette chanson n'est pas aussi grandiose que les deux premières. En même temps, difficile de passer après de tels monstres. Mais T.V Eye montre un Iggy en grande forme, et est une chanson, quelque part, assez oppressante. Dave, Ron et Scott mettent le paquet niveau musical. T.V Eye est une furie bourrine bien assumée et qui fonctionne. Un classique, aussi. Après, de là à dire que c'est la meilleure chanson de l'album... Pour vous dire, malgré Down On The Street, on n'y est pas encore arrivés, au sommet de Fun House ! La face A se terminait sur Dirt. Le cas Dirt. Pour l'unique fois dans ce disque de malades, c'est l'occasion pour les Stooges de prouver qu'ils ne sont pas qu'un groupe de bourrins talentueux qui ont laissé le cerveau dans les coulisses avant de monter sur scène. Ici, le groupe d'Iggy balance la grosse marchandise... à l'aide d'un blues. Et alors, d'un putain de morceau de blues. 7 minutes délectables... à l'image de cette géniale ligne de basse qui nous accompagnera tout le temps que Dirt dure. Au niveau des paroles, c'est une chanson sur un nullard intégral, mais qui n'en a rien à foutre. On peut affirmer rien qu'à la phrase qui revient tout le temps, cette phrase emblématique: I feel dirt but I don't caaaaaaaare ! Comme toujours, la gratte est magnifique d'agressivité, et Dirt est un morceau où règne une espèce de violence latente assez dérangeante. Ca serait presque l'intrus de l'album, car c'est clairement l'unique morceau qui ne soit pas une furie monstrueuse et sanglante. Malgré ça, il remplit sa tache et est à nouveau un pur sommet. Une fois qu'on a entendu ça, on n'a plus qu'une seule envie: retourner la chose noire. En route pour la face B !
Et là, grands dieux... Le sommet absolu de l'album est ici, c'est 1970, point barre. Alors là, je ne vois pas quoi dire. 1970 est une évidente réponse de par son titre au 1969 de l'album précédent. Qu'on se le dise, c'est probablement le morceau le plus agressif de Fun House. Et aussi le plus merveilleux, le plus fantastique, le plus inoubliable. Total précurseur du punk-rock, aussi. Iggy est survolté, braille comme un damné des I feel alriiiiiiight terrifiants durant toute la longueur du morceau. Musicalement, c'est Byzance transformée en paradis hard-rock. Bref, les mots me manquent pour définir cette claque sonore insensée, qui demeure probablement le plus grand morceau des Stooges (en tous cas, mon préféré absolu) et un des plus grands morceaux de l'histoire du hard-rock. Monumental. Iggy continue de hurler I feel alright sur le morceau suivant, Fun House. L'éponyme, et le plus long de l'album, avec quasiment 8 minutes au compteur. Ici, un saxophone imposant se fait entendre (il est également présent sur 1970, mais dans une bien moindre mesure), et l'ensemble sonne presque... hard-jazz. L'Iguane se fait l'égal d'un interné, d'un grave psychopathe mental, et a de quoi réveiller un sourd qui dort sous somnifères de l'extrême. Cette Fun House est plus une slaughter house (abattoir...) qu'autre chose. On est plongé dans un fantastique trip dont on ne ressort pas indemne, et on a la preuve que la face B est bien plus trash et carton que la A, qui était déjà bien gratinée. Encore un morceau énorme. Un sixième. Dans lequel on ne voit pas le temps passer... Enfin, place à L.A Blues. Aaaaah... Le cas de l'absolu qu'est L.A Blues. Une torture pour tympans. Clairement, cet instrumental n'a pas d'autre ambition que de foutre en l'air les oreilles de l'auditeur.
Et ça marche.
En quoi consiste L.A Blues ? Un bordel fou furieux, complètement défoncé. Pas de rythmique, pas de riffs, absolument rien si ce n'est du bruit fait avec des instruments. On ne va pas se mentir: L.A Blues reste le morceau le plus faible de l'album, mais il possède un certain charme qui empêche l'auditeur de le zapper. Tout le potentiel Stooges est là, et la violence encaissée avec Fun House se révèle au grand jour dans ce bordel que certains trouveront interminable, mais qui est indéniablement une fin complètement zarb et appropriée pour l'album. Voilà ce qu'est Fun House. Un chef d'oeuvre absolu et taré, pendant 36 minutes clairement couillues... Le groupe est à sa meilleure forme et signe un des plus grands albums de hard-rock et de proto-punk qui soient. Une oeuvre aussi frappadingue et étrange que sa pochette, qui envoie tout chier en beauté, y compris le rock tant adulé de l'époque. Ici, c'est du rock nouveau, c'est du motherfuckin' rock'n roll révolutionnaire, qui aurait pu sortir hier qu'on s'en serait pas rendu compte. Et que c'est bon ! I feel alriiiiiiiiiiiiiight !
1. Down On The Street (3.42)
2. Loose (3.33)
3. T.V Eye (4.17)
4. Dirt (7.00)
5. 1970 (5.15)
6. Fun House (7.44)
7. L.A Blues (4.58)
Neil Young - "On The Beach" (1974)
Dépression, dépression, alcool, dépression, alcool, alcool, dépression... Voilà l'état dans lequel est Neil Young en 1974. En cet an de grâce, le Loner canadien est en pétage de plombs total. Deux ans auparvant, son album Harvest est un pur triomphe à échelle internationale, mais des problèmes apparaissent dans le groupe qui l'accompagne, le Crazy Horse. Problème survenant de Danny Whitten, le guitariste. En effet, ce dernier est accro aux drogues dures, et notemment à l'héroïne. Devenant vite ingérable, il est viré à coups de pompes par le Loner. Mais Young est un type humble; il ne veut pas laisser son pote dans la merde, et lui file une petite aide financière en guise d'adieu. Cette aide financière partira dans une dose d'héro qui sera fatale à Whitten. Et ça, le Loner ne s'en remettra jamais. Commence une longue dépression qui s'étalera sur trois ans et ne va pas aller en s'arrangeant. Quelques mois après la tragédie Whitten, Bruce Berry, le fidèle roadie du Loner, décède lui aussi. Et on rajoute à la dépression un alcoolisme aggravé... La tournée de 1973 est envahie par une profonde joie de vivre et des instruments puant le whisky. Néanmoins, Young enregistrera live (mais seulement avec des morceaux inédits, en revanche !) le premier volet d'une trilogie dépressive. Cet album, c'est Time Fades Away, une disque rageux qui n'existe toujours pas en CD de nos jours, ce qui est une honte... Il enregistre ensuite toute une série de morceaux, en studio cette fois. Le résultat final est Tonight's The Night. Mais la maison de disques refuse tout net de produire un disque aussi sombre venant de la part d'un génie en pleine gloire. Tonight's The Night sera finalement le troisième volet de la trilogie dépressive, et sortira en 1975. Le disque n'étant pas accepté dans l'immédiat, il faut un autre album à Young. Et de ce côté là, il va pondre la marchandise attendue. Pire, il va réaliser dans la foulée son chef d'oeuvre absolu. Un album plus jusqu'au boutiste encore que Tonight's The Night niveau dépression, mais que la maison de disques acceptera quand même. Et ce disque, deuxième de la trilogie du Loner, sort en 1974. Il s'agit de l'exorcisme par la musique d'un homme perdu. Il s'agit de l'album dont nous allons parler maintenant. Il s'agit de On The Beach.
La pochette donne le ton. Clairement, il s'agit de la plus belle de toute la discographie du Loner. Et une des plus belles de toute l'histoire du rock, carrément. Une de mes pochettes de chevet. Un joyau photographique, qui dégage une mélancolie aussi profonde qu'un soir d'automne sur la terrasse du 5ème étage. Le Loner ne se montre pas, est de dos. Pourtant, quelques clichés souriants seront faits, mais ne seront même pas gardés pour le verso... La joie, ici, c'est la mort. Elle ne doit pas se montrer. Et puis, même, de toute façon, il n'y en avait pas dans le caisson du Loner à cette époque... Young est donc pris de dos, et en plus, de loin. Il a enlevé ses chaussures. L'image terrible d'un homme prêt à passer à l'acte de la manière la plus naturelle qui soit: la mer. Les chaises d'un vide écoeurant, symboles de Whitten et Berry ? Et cette voiture enfouie au fond du sable ? What's the fuck ? Alors, oui, je vois des symboles là où il n'y en a pas, probablement... Il n'empêche que cette pochette me fout le cafard autant que l'album en lui-même. C'est inimaginablement beau, mais c'est aussi totalement plombant et triste.
Le contenu, rassurez-vous, n'est pas en reste ! Huit titres, pour quasiment 40 minutes dans un monde qui n'est ni le paradis, ni l'enfer... Qui est un outre-monde assez vagabond, assez méconnu, mais dans lequel Neil n'hésite pas à s'aventurer. Pourtant, il attaquera l'album sur un morceau court, plutôt conventionnel, joyeux (tout est relatif, hum ?) si on le compare au reste. Walk On est une intro racée et sublimissime, au riff se retenant immédiatement. Dès que la sublime voix de Neil (autant il n'en avait plus sur Tonight's The Night, autant là, il explose le quotat de beauté vocale) retentit, on sent le malaise. On sent la dépression chronique qui est bel et bien là, et ne s'en ira que difficilement. Au moyen de la musique, sûrement. Bref, si Walk On ne prépare pas au cataclysme suicidaire de la chanson suivante et de la face B, c'est une chanson efficace qui convainct tout de suite l'auditeur.
Toutefois, même si cette intro est d'enfer, certains pourront penser que le gros du disque commence avec See The Sky About To Rain. Une ballade magistrale organisée selon des critères dépressifs type. Dès la première seconde, quand cet Hammond (ou, si c'est juste un synthé, ça reste drôlement beau et réussi) surgit du vide, un profond malaise s'organise entre Neil et son auditeur. Pour cinq minutes, on a Neil, ou du moins son esprit, en face de nous. On est son unique spectateur. Il est bien présent, aux claviers, et expose son mal-être au grand jour. Mais ce malaise est quelque chose de profondément personnel qui ne peut être compris que par un seul musicophile à la fois. C'est pourquoi Neil va à la rencontre de chaque auditeur, un par un. Pendant les seules cinq minutes de See The Sky About To Rain, avant de disparaître à nouveau dans le néant. Ou dans un studio à Toronto. Ou dans les deux. See The Sky About To Rain est un exorcisme personnalisé. Peut-être le morceau qui illustre le mieux la torture morale du Loner à l'époque. Un morceau à ne pas écouter à jeun, vous êtes prévenus ! Mais qui réveillera le double du Loner qui est en chaque musicophile. Un effet plombant incroyable pour un sommet absolu, un chef d'oeuvre profond et difficilement définissable, dans le fond. Déchirant, en réalité. Le temps se couvre...
Participation de David Crosby pour Revolution Blues, premier des trois morceaux de l'album à conteni de mot "blues" dans son titre. Ici, c'est bien plus rock et réveillé que See The Sky About To Rain, mais c'est au moins tout aussi trippant. Neil prend un faux air à Bob Dylan tout au long du morceau, dans sa façon de chanter. La rythmique est d'enfer (la basse !), et ces solos de gratte, divins. Difficile de parler de Revolution Blues, car, là encore, on est face à un monument absolu. Un des sommets de l'album, peut-être même le sommet de la face A. D'ailleurs, c'est même sûr. Une puissance monumentale qui vient prouver que l'alcool ne ruine pas forcément le talent. Tout le talent de Neil est là-dedans. Vous m'avez compris, Revolution Blues est une date. On The Beach est un disque qui alterne assez bien l'ambiance. For The Turnstiles est une incartade au banjo tout à fait douce et calme, très rurale, qui pourrait presque passer pour le moment de répit du disque. Après, sans pour autant être mauvais, For The Turnstiles reste la chanson la plus faible de l'album. 3 petites minutes, pourtant, on s'emmerde un peu parfois. Sans doute le côté rural est-il un peu trop poussé, sans doute je n'aime pas le banjo. Mais la voix de Neil fait des merveilles. A défaut d'être un monument, For The Turnstiles est extrêmement sympa et saura satisfaire le fan Loneresque de base.
Fin de la face A avec Vampire Blues... Ici, le terme blues n'est franchement pas usurpé ! En effet, ici, le Loner se fait bluesman de base. Le résultat est difficile d'accès, dans le sens où l'on acrrochera pas de suite à la chanson... Mais, au bout de quelques écoutes, Vampire Blues s'avère être un joyau presque oppressant, et un petit blues délectable tout en restant sombre, bien dans la tonalité de l'album. La face A aura été marquée par une ambiance pesante et des moments de désespoir (See The Sky About To Rain évidemment, mais aussi Revolution Blues) qui poussent immédiatement l'auditeur à retourner le vinyle. De quoi se rendra-t-il compte ? Que, lors de la face A, il n'a encore rien découvert...
Nom de Dieu de merde, qu'elle est gratinée, la face B ! Clairement, enlevez toute corde qui traînerait à côté de vous ! Pour peu que vous soyez un tantinet sensibles, vous n'allez pas supporter cette face B tout simplement suicidaire. La face B s'ouvre sur le titre éponyme de l'album, soit les sept minutes tout rond de On The Beach. Le pilier central. Le sommet absolu du skeud, ce qui veut tout dire. Et même mieux, un des grands sommets du Loner. C'est très très très sombre et dépressif, et, grosso modo, que dire ? Répétitif, mais on ne s'en rend jamais compte. Long, mais on ne s'en rend pas compte non plus. Le temps passe à la vitesse de la lumière, malgré le côté plombant de la chose. Neil arrive à faire passer une émotion extraordinaire avec si peu de choses... Un rythme lent, un riff lourd et pesant comme un soir d'orage. On The Beach, avec participation de Graham Nash, est un choc auditif pour n'importe quel fan de Young, un morceau qui emmène loin au risque de ne plus jamais revenir. Le Loner est au summum de son enfer moral, et en fait quelque chose de beau. Voilà, c'est beau. Je suis con des fois, parce qu'il n'y a que ça a dire, c'est beau ! Tout le reste est du remplissage ! A quoi sert cette chro, d'ailleurs ?
M'enfin... Le morceau pouvant servir d'entracte aux deux monstres de la face B est Motion Pictures. Une chanson très sobre tout en restant lourde. Sorte de version trash de For The Turnstiles. Acoustique également. Une splendeur qui, si elle ne fait pas partie des meilleurs moments de l'album et a le défaut d'être coincée entre deux magnificences absolues, demeure bien représentative du climat de l'album. Enfin, On The Beach se paie le luxe de terminer en beauté. Mais quand je dis en beauté, c'est en beauté, hum ? Le final de l'album peut directement se hisser au rang du titre éponyme de l'album. Et le morceau en question, c'est les 9 minutes complètement Dylanesques de Ambulance Blues. Gratte acoustique, harmonica, voix. Répétitif par pur principe folk, mais, comme sur On The Beach tout à l'heure, on ne s'en rend absolument pas compte. Ambulance Blues, cette si belle furie folk, laisse pantois et rêveur, et ne donne qu'une envie, remettre l'album au début. Un morceau fleuve qui est la fin parfaite pour un disque de ce genre. Encore une fois, loin d'être à écouter au réveil... Reste cette mélodie sublimissime, et Neil qui prouve une fois de plus qu'il peut très bien égaler Dylan quand il le veut. Ambulance Blues possède cette ambiance si particulière de triste gai. Un morceau plombant (petit exercice pour la fois prochaine: calculer combien de fois le mot "plombant" est utilisé dans cette chro !) mais dégageant tout de même, dans son fond, une très légère lueur d'espoir. Une lueur se cachant quelque part dans sa musicalité, mais qui ne veut pas vraiment se montrer. C'est un peu ça, Ambulance Blues. Quoiqu'il en soit, un morceau magistral; on ne pouvait rêver meilleure conlusion !
Compte tenu du fait que Tonight's The Night a été enregistré avant, on peut considérer que On The Beach est l'aboutissment final de la dépression de Young. Neil, ici, est au fond du trou, il n'en peut plus. Et il arrive à produire à partir de là, sa plus belle oeuvre. Une oeuvre aussi forte que Pink Moon de Nick Drake, une oeuvre aussi puissante que, dans un autre style, Pornography des Cure... On ne s'attend pas à ça d'un album de Neil Young, et pourtant, On The Beach fait le même effet que les classiques cités. Pour une fois, je ne m'attarderais pas dans la conclusion, un tel album n'en a pas besoin. Juste résumé en quelques mots, On The Beach est un pilier méconnu, constituant le pinacle même du Loner. Si vous aimez Patrick Sébastien, pas besoin de se pencher sur ce disque, mais si vous aimez les chefs d'oeuvre torturés, alors, il vous tend les mains... D'ailleurs, il en a marre de tendre les mains, qu'attendez-vous ??
1. Walk On (2.42)
2. See The Sky About To Rain (5.02)
3. Revolution Blues (4.03)
4. For The Turnstiles (3.15)
5. Vampire Blues (4.14)
6. On The Beach (7.00)
7. Motion Pictures (4.23)
8. Ambulance Blues (8.56)
Stevie Wonder - "Songs In The Key Of Life" (1976)
L'accomplissement final. Le pinacle. La huitième merveille du monde. Le huitième art à lui seul... Voici quelques manières de résumer en une phrase Songs In The Key Of Life. Le sommet d'un génie absolu de la musique: Stevie Wonder. Comment je vais m'y prendre pour parler d'un tel album ? Bon, ça va être difficile, mais bon, sait-on jamais... Essayons. En 1972, Stevie Wonder laisse exploser son génie avec Talking Book, l'album de la maturité, un disque acclamé par la critique et les fans. Fort heureux du succès de son skeud (qui contenait quand même You Are The Sunshine Of My Life et Superstition, on n'est pas là pour rigoler...), le jeune génie aveugle et multi-instrumentiste récidive avec le mythique Innervisions de 1973, un album remarquable qui achève de faire de Stevie Merveille une star mondiale de la musique. L'album qui suit l'année d'après, Fulfillingness' First Finale, est dans la bonne lignée, mais marquera quand même moins les esprits... Alors Stevie ne va pas s'arrêter là... Il va en découdre une bonne fois pour toutes. La solution ? Un double album. Une enculade de chansons faites pour devenir des tubes, des merveilles mélodiques et symphoniques. Avec, qui dit mieux... un disque bonus ! Un troisième disque ! Un EP quatre titres comportant des morceaux qui n'ont pas pu aller sur le double original faute de place... Tout cela sort en 1976. Nous sommes arrivés à destination: l'infernale spirale orangée de Songs In The Key Of Life. Un double album et demi, comme l'avait fait George Harrison avec All Things Must Pass... 21 chansons à tomber par terre, qui marquent l'aboutissement absolu de Stevie. Vous êtes tristes, et vous recherchez le paradis sur Terre ? Ne cherchez plus: il faut juste débourser 22 euros (oui, l'album n'est pas donné !), et vous avez 100 inlassables minutes de paradis sur Terre.
Chaque musicophile trouvera son compte dans Songs In The Key Of Life. Là-dedans, Stevie mêle soul (Love's In Need Of Love Today, Joy Inside My Tears), funk (I Wish, Black Man) ou pure pop (Isn't She Lovely, Ebony Eyes). Le grand public y trouvera même son compte avec cette avalanche insensée de tubes: Sir Duke, I Wish, Pastime Paradise, Isn't She Lovely, Another Star... Oui, ce disque est un best-of à lui tout seul. Et comme cette chronique commence à prendre une sérieuse tournure de 'publicitaire voulant absolument vendre sa camelote', passons direct au track-by-track !
Pour faire entrer l'auditeur dans les "chansons de la clé de la vie", Stevie n'y va pas par quatre chemins et a choisi de faire directement chialer celui qui écoute, avec les 7 minutes féériques de Love's In Need Of Love Today. Le morceau (et l'album) s'ouvre sur des choeurs à filer les frissons, et quand la voix de Stevie démarre, c'est un billet direct pour un autre monde. La chanson, dans un pur style soul, est répétitive, mais on ne s'en rend franchement pas compte: tout fonctionne à merveille, la chanson passe comme une lettre à la poste... Une ouverture extraordinaire, fantastique. A faire briller et pâlir les yeux... Tirés du monde où nous sommes, nous voici devant Have A Talk With God. Vraiment bizarre que ce titre soit le second du disque entier, car il s'agit, en plus du plus court, du plus space, du plus enlevé. Cette chanson aux accents électro quasiment avant-gardistes n'a rien à voir avec les autres de l'album. Mais elle ne fait pas tâche pour autant, son côté sombre la rend fascinante, et encore une fois, cette merveille passe trop vite. Mais avec Village Ghetto Land, on rentre dans le lourd. Mais alors, le trèèèèèès lourd... Cette chanson est ahurissante de bauté et de maîtrise. Portée par des cordes, ce qui rend l'ensemble très "musique de chambre", Village Ghetto Land n'est rien de plus qu'un monstre. Un monstre engagé, qui parle de la misère. Stevie aura rarement aussi bien chanté que là-dessus. Le résultat est phénoménal, beau, monstrueux. Une des plus belles chansons de l'album, et de Stevie en général ! Ca commence bien !
On est reparti de plus belle avec un nouveau monstre. De toute façon, qulle chanson de cet album n'est pas un monstre ? Ici, il s'agit de Contusion. Un instrumental quintessentiel. Une sorte de jazz/funk endiablé, avec un riff inoubliable, qui fait se pousser des ailes à l'auditeur. Ou un deuxième trou au cul. Ou les deux. Là, le mot génie n'est pas usurpé, tout le talent de Stevie est résumé dans cet instrumental magistral. Enfin, la face A se terminait sur un classique absolu, un tube même, j'ai nommé Sir Duke, un hommage à Duke Ellington (alors mort il y a peu: les hommages viendront de partout, Miles Davis lui dédiera même un morceau de... 32 minutes !), et au jazz de manière générale. Cette intro de saxos est cultissime, tout comme le refrain. Sir Duke est une chanson entraînante née pour être un tube. Et on a vu ce que ça a donné: une des plus grosses machines à fric de Stevie Wonder ! Mais quelle machine !
La face A est tellement réussie que le reste n'a pas intêret à décevoir... Mais penser que Songs In The Key Of Life peut s'avérer décevant, c'est penser l'impensable. Preuve en est avec I Wish. Une chanson un peu oubliée de nos jours, mais qui fut à l'époque un sacré tube. Etant donné qu'il arrive après un autre gros tube, l'album commence à prendre une dangereuse ampleur... Mais I Wish est une cavalcade funk/pop magistrale, portée par un Stevie en grande forme. Impossible, en écoutant ça, de rester assis et calme... On est logiquement en sueur à la fin des quatre minutes de cet intense morceau qui fait se trémousser partout. Comme quoi, morceau qui fait se trémousser partout ne veut pas forcément dire merde innommable... Très loin de là ! Changement radical de style quand arrive Knocks Me Off My Feet. Une bien belle ballade embellie par le piano de Stevie. Sans être l'une des plus grandes chansons de l'album, Knocks Me Off My Feet reste superbe.
Troisième titre de la face B, troisième tube de l'album. Dès l'intro, tout le monde aura évidemment reconnu Pastime Paradise. Une chanson qui, 20 ans plus tard, sera davantage connue dans sa version 'massacre' par le rappeur Coolio. Bon, j'exagère, il y a pire, comme reprise, mais franchement, faire une version rap de Pastime Paradise était une occupation peu concluante et franchement au summum de l'inutilité... Une telle chanson ne méritait pas ça... Car, dans la version originale, tout est parfait et trop court: le chant de Stevie est divin, l'ensemble est élevé par des percus géniales. Pastime Paradise est un classique instantané, une de mes préférées absolues de l'album. Une chanson magistrale et qui reste longtemps dans la tête... Ainsi soit-il pour Summer Soft. Ici, c'est également la perfection absolue. Je vais être franc, Summer Soft est quasiment ma chanson préférée de tout Songs In The Key Of Life... Quasiment, car juste derrière As, que nous verrons plus tard... Summer Soft bénéficie d'une prouesse mélodique incomparable face à laquelle tous les poils se hérissent... Le final, tout en augmentation vocale, en devient presque haletant, fout des frissons... Je ne vois même plus quoi dire car cette chanson est au-delà des mots. Une des plus grandes de tout Stevie Merveille, tout simplement !
Et alors, Stevie... Au point où on en est, on va pas se gêner, hum ? On va terminer le premier 33 tours de Songs In The Key Of Life en beauté. C'est rien de le dire ! Encore un sommet, encore une chanson indescriptible, encore Stevie à son meilleur, c'est ce que l'on se dit lorsque commence à résonner Ordinary Pain. 6 minutes. Six putain de minutes commençant avec la belle voix de Stevie, qui se fait tout à fait calme. Au début, Ordinary Pain n'est qu'une jolie ballade bien plaisante et belle pour les tympans. Au début ! Car aux alentours de 2'30, la chanson devient tout autre, se métamorphose entièrement, et Ordinary Pain devient du tout au tout un funk insensé, incroyable. Dans cette deuxième partie, Stevie ne chante pas, pour laisser la place à Shirley Brewer, une chanteuse qui se débrouille manifestement très bien, et parvient à pimenter encore plus la chose... Ordinary Pain est encore plus fameux qu'une choucroute un soir d'hiver, c'est une chanson quintessentielle, à l'image même de Songs In The Key Of Life.
Début du disque 2, début de la face C. Seulement trois titres ornent cette face, on passe donc à des morceaux considérablement plus longs... Et cela s'ouvre sur le gros, gros, gros, gros (continuer jusqu'au coma) tube absolu du disque. Isn't She Lovely. Bon, j'vais pas vous la faire, hum, tout le monde connaît cette chanson ? Rassurez-moi... Un pur bijou pop écrit pour la fille de Stevie, alors toute bébé et toute lovely, car il vaut mieux ça que "isn't she ugly"... La chanson, véritablement mythique et, je me répète, connue de tous, est ici dans sa version longue, de plus de six minutes. En quoi consiste le rallongement ? En un solo d'harmonica inoubliable de Stevie, sur lequel viennent se poser des gimmicks sonores très sympas, enregistrements de la fille de Stevie en train de barbouiller dans la flotte. Ce rallongement est sans doute un petit peu longuet par rapport à la version single, mais pas non plus de quoi crier au scandale ! Dans l'ensemble, un vrai gros tube, totalement immortel. Joy Inside My Tears est tout de suite moins gaie. Ici, on est dans un pur moment de soul music, accentué par des synthés omniprésents mais pas dérangeants. Une chanson tout à fait sublimissime. Le final ad vitam aeternam est très réussi, pas le temps de s'ennuyer une seule seconde... On se rendra vite compte que Joy Inside My Tears était le moment reposant de la face C... Car direct après arrive le pilier absolu de l'album niveau durée, les huit minutes ahurissantes de Black Man. Du pur et immense funk. J'ai dit, tout à l'heure, à propos de I Wish, qu'on en sortait en sueur, mais ce n'est rien à côté de Black Man... Une chanson plutôt engagée sur l'égalité des peuples: Stevie cite les découvertes et inventions des grands hommes et grandes femmes du monde entier, souvent noirs, mais aussi blancs ou jaunes... Une énumération qui vient en fait signifier que tous les peuples ont oeuvré pour le bien de l'humanité, et pour la découverte... Un message anti-rasciste qui fait toujours son effet, même si un peu vieillot... Côté musical, c'est tout simplement miraculeux. On est dans du funk endiablé rarement égalé. Stevie est au sommet le plus absolu. Black Man est un moment culte et inlassable. Tellement qu'au bout des 8'30 que le morceau dure, on se dira toujours "merde, c'est déjà fini... ?" !
Le message pour l'égalité des peuples repart de plus belle au début de la face D, avec Nguiculela/Es Una Historia/I Am Singing. Pas un medley, il ne s'agit que d'une seule et même chanson ! Mais chantée en anglais, espagnol et... zoulou ! Sur une instru remarquable, très exotique. Une superbe chanson méconnue, mais franchement géniale. Place à l'incartade douce et reposante, presque romantique, avec If It's Magic. Il est vrai que cette chanson a un côté très légèrement gomme, ce qui lui vaudra d'être parfois décriée. Personnellement, je la trouve, comme les autres, immense. Le truc fonctionne à merveille, la voix de Stevie fait l'objet d'un diamant brut, sur une harpe très belle. Un superbe titre, bien reposant et frais.
Sans transition, tel PPDA... Car voici qu'arrive, accrochez-vous bien, le sommet absolu de l'album, le sommet absolu de Stevie Wonder. LA chanson. De quoi je parle ? Des sept minutes fantastiques de As. Et là, face à un tel joyau, le silence se fait. Quel putain de chef d'oeuvre, que voulez-vous que je vous dise de plus... ? Et c'est rien de le dire, que c'est un chef d'oeuvre, étant donné que vous remarquerez que, jusque-là, dans cette chronique même, tout l'album a été encensé. Alors il est forcément difficile de parler de son sommet absolu, non ? As, oscillant entre émotions diverses, est la quintessence absolue... Refrain grandiose, un Stevie qui se met subitement à hurler comme un bon gros bluesman... Cette chanson est la magnificence totale d'une oeuvre colossale. Sincèrement, que dire de plus ?? A part peut-être ces deux mots: écoutez-là !
Difficile de passer après un tel sommet... C'est déjà la fin du deuxième 33 tours, et il faut bien une grande finale époustouflante, non ? Hé bien, comble de l'impossible, Stevie y parvient, avec les 8 minutes géniales et dansantes de ce qui peut-être considéré comme le cinquième tube de l'album, Another Star. Là, Stevie se fait latino, salsa même ! Un rythme très brésilien orne ce classique. Le refrain, cultissime avec ses choeurs en puissance, sera repris à toutes les sauces (je parle en connaissance de cause: j'ai entendu un honteux massacre l'autre jour à la radio...). Another Star est un grandiose et immense final, à écouter absolument (mais comme tout l'album, de toute façon !).
Maintenant que nous avons épluché les deux 33 tours dans leur intégralité, passons maintenant à l'EP bonus ! Un EP justement nommé A Something's Extra Record. Quatre titres bonus, pour un disque au milieu entre le 45 et le 33 tours, s'écoutant à la vitesse 33 tours. En fait, c'est un 25 cm, un format de disque précurseur du 33 tours, et qui était beaucoup utilisé dans les années 50. A Something's Extra Record est tout simplement une pépite de plus, désormais placé, dans le format CD de Songs In The Key Of Life, à la suite du CD 2, à la suite de Another Star. Le premier des quatre morceaux est une merveille absolue, plongeant dans la soul/pop. Saturn est tout simplement... magnifique. D'ailleurs, c'est franchement une honte que ce morceau n'ait pas trouvé de place parmi les deux 33 tours. Le sommet du troisième disque ! Ebony Eyes est dans la même trempe que Isn't She Lovely, c'est-à-dire, une chanson très rafraîchissante, pop, qui ne prend pas la tête. Pas inoubliable, mais franchement sympa ! All Day Sucker est un funk génial et entraînant à la Black Man, qui aurait lui aussi pu trouver sa place parmi les deux 33 tours... Le meilleur morceau de l'EP avec le sublimissime Saturn. Enfin, tout se clôt sur un instrumental, j'ai nommé Easy Goin' Evening (My Mama's Call). Un instrumental un peu déglingué, très lent, porté par l'harmonica de Stevie. Certains voient en ce titre le point faible de Songs In The Key Of Life... Ce n'est pas faux. Bon, cet instru n'est pas à chier, hum ? Mais tout de même, après tout ce que l'on vient de se prendre dans la gueule, ça fait un petit peu laisser aller. C'est d'autant plus dommage que ce titre est le dernier... Mais, rien de très grave non plus !
Voilà, en ce qui concerne Songs In The Key Of Life, j'ai rempli mon humble tâche de chroniqueur amateur des bas-fonds... Un titre en dessous du reste (le dernier), mais le reste est fabuleux, fantastique, immense, grandiose, monumental, impérial, géant, merveilleux, génial, grandissime... bandant, bref, tétanisant de maîtrise et de génie. Vous en connaissez beaucoup, vous, des albums de cette trempe, qui dégagent une telle maîtrise musicale, qui sont de telles prouesses mélodiques ? C'est absolument impensable de nos jours de se dire qu'une pareille Oeuvre d'Art a été écrite, composée, interprétée, produite et arrangée par un gars de 26 ans, et, qui plus est, aveugle... Face à ça, l'évidence se fait, Stevie Wonder, qui a malheureusement gâché ses talents et n'est plus que l'ombre de lui-même aujourd'hui, a été pendant quelques années, le génie le plus absolu de la musique moderne. 11 ans plus tard, Prince, digne successeur de Stevie, réalisera le Songs In The Key Of Life des années 80, le double chef d'oeuvre Sign O' The Times. Mais ce disque, tout imposant et novateur qu'il est, ne parviendra quand même pas à faire oublier la spirale orange. Une spirale orange qui hante encore n'importe quel musicophile 35 ans plus tard. On ne peut pas savoir à quoi ressemblera la musique dans 500 ans ou 1000 ans, mais on peut d'ores et déjà savoir que Songs In The Key Of Life fait partie de ces oeuvres qui résisteront au temps et à la nouveauté pour des siècles et des siècles...
DISC 1
1. Love's In Need Of Love Today (7.05)
2. Have A Talk With God (2.43)
3. Village Ghetto Land (3.25)
4. Contusion (3.47)
5. Sir Duke (3.54)
6. I Wish (4.18)
7. Knocks Me Off My Feet (3.38)
8. Pastime Paradise (3.27)
9. Summer Soft (4.28)
10. Ordinary Pain (6.27)
DISC 2
1. Isn't She Lovely (6.35)
2. Joy Inside My Tears (6.30)
3. Black Man (8.29)
4. Nguiculela/Es Una Historia/I Am Singing (3.56)
5. If It's Magic (3.12)
6. As (7.08)
7. Another Star (8.27)
A SOMETHING'S EXTRA RECORD
1. Saturn (4.54)
2. Ebony Eyes (4.16)
3. All Day Sucker (5.05)
4. Easy Goin' Evening [My Mama's Call] (3.56)
George Harrison - "All Things Must Pass" (1970)
Mai 1970, le monde du rock tombe en dépression: Paul McCartney annonce que les Beatles, c'est fini. Pourtant, 1970 est une année qui réussit quand même aux Beatles, puisque chacun va faire ses prouesses en solo. John Lennon abandonne ses conneries conceptuelles avec Yoko Ono pour se consacrer à nouveau à de la vraie musique, et sort son chef d'oeuvre Plastic Ono Band. Paul McCartney, en tant que grand faiseur de tubes, séduit directement le grand public avec son premier album éponyme, qui contient le tube Maybe I'm Amazed. Ringo... euh... reste Ringo. Mais malgré le chef d'oeuvre de Lennon, c'est véritablement George Harrison, mon Beatle préféré, qui tire son épingle du jeu, en sortant en 1970 un des plus beaux albums de l'histoire de la musique enregistrée, All Things Must Pass. De très loin son meilleur disque (malgré l'excellent Living In The Material World de 1973), le meilleur disque d'un ex-Beatle en solo, et un des meilleurs disques de l'histoire du rock. Particularité pour cette oeuvre: elle est double, et en plus, elle est vendue à l'époque avec un disque bonus (exactement comme fera Stevie Wonder plus tard avec Songs In The Key Of Life). Cet album bonus, c'est une sélection de jams studio, d'impros, enregistrées avec Eric Clapton, Bobby Whitlock, Carl Radle et Jim Gordon, c'est-à-dire la quasi-intégralité de Derek And The Dominos (il manque juste Duane Allman).
Mais revenons au double original, constitué de 18 véritables chansons produites pas le fou furieux (mais vraiment, au sens propre, d'ailleurs, il est actuellement en taule pour meurtre) Phil Spector et son fameux mur du son. Déjà, la pochette est marquante et très amusante. Harrison au milieu de nulle part, avec autour de lui quatre nains de jardin, qui représentent évidemment les Beatles. L'édition CD propose trois autres visuels avec la même photo, mais subissant les effets du temps: usine, HLM, centrale nucléaire... All Things Must Pass. On achèterait presque l'album pour la pochette. Pour savoir ce qu'il en résulte, de cette photo. Autant le dire, celui qui achète le disque juste pour la pochette... ne sera pas déçu. Pire, il va se prendre une des plus grosses claques musicales de toute sa vie. Tout démarre avec I've Had You Anytime, une chanson écrite avec... Bob Dylan ! Hyper planante, reposante, cete ballade d'ouverture magnifique. On est direct face à un sommet que l'on se prend en pleine poire. La beauté est telle qu'elle en coupe la respiration. Une des plus belles chansons de l'album, et, bien qu'il en reste 17, on a du mal à ce remettre de ce titre d'ouverture tout simplement au-delà des mots. Mais toute la face A est au-delà des mots. La preuve avec My Sweet Lord. Bon, celle-là, c'est un tube. Tout le monde la connaît, mais on ne s'en lasse pas: chaque écoute de cette chanson est un pur bonheur auditif, jamais la guitare d'Harrison n'a semblé aussi belle. Hare krishna est le mantra de cette merveille insurpassable, un des grands sommets absolus de l'album.
Plus rock est Wah-Wah, où, sur le coup, la production de Spector fait un peu 'too much'. Le morceau est inutilement cacophonique dans son final. Après, ça reste une sacrée chanson, encore un sommet, qui reste longtemps dans la tête et avec lequel on n'a qu'une envie: le remettre. Je n'ose imaginer ce que cette chanson donne en live (malheureusement, c'est un peu tard pour voir Harrison en concert...). Mais la version studio, elle, est magistrale, même si elle aurait merité un peu moins de mur du son Spectorien. La face A se termine avec un classique absolu, une chanson mythique et indémodable. Les sept minutes de Isn't It A Pity. Inutile de le préciser pour ceux qui connaissent le disque: cette chanson, reprise en fin d'album, et le pilier absolu du disque, le pinacle total de All Things Must Pass. Sept minutes (pour la première version) qui se passent de commentaires. D'ailleurs, je n'en ferai pas, tant cette chanson est un diamant brut que tout le monde doit écouter au moins une fois dans sa vie.
Difficile de passer après une telle face A. Pourtant, la suite des hostilités est grandiose. La face B s'ouvre en fanfare avec l'entraînant What Is Life, qui fut un petit tube à l'époque. Une chanson qui a, justement, toute l'envergure du tube. C'est une chanson entraînante, qui ne prend pas la tête et demeure sympa au possible. Une très bonne ouverture de face, qui prouve que Harrison savait y faire dans tous les domaines musicaux (Isn't It A Pity étant plutôt calme et pas spécialement joyeuse). Puis, le passage country du disque, avec deux titres à la mélodie un peu country, très reposants et agréables à défaut de faire partie des meilleures de l'album. If Not For You est signée Bob Dylan, et c'est normal, puisqu'il s'agit d'une reprise du barde. La version originale est sortie la même année, sur le médiocre New Morning, qui prouve qu'au début des années 70, Dylan était vraiment au creux de la vague. La version d'Harrison est meilleure en tous points, et est franchement un bon moment. Behind That Locked Door est de la même trempe, très sympa, même si ne faisant pas partie des meilleures du disque.
En revanche, Let It Down, elle, est immense. Mais alors, immense. D'apparence, c'est plutôt calme, zen. Du moins les couplets. Car les refrains, bouillants et énervés, remplis de cuivres qui semblent transpirer leurs accords, sont le réveil glacial de la chanson. Tout le génie de George Harrison est prouvée à travers cette chanson décapante et magistrale, un des tous meilleurs moments de All Things Must Pass. La face B (et donc, le disque 1) se refermait sur Run Of The Mill, un morceau très pop, frais et agréable, qui ne promet que le meilleur pour la deuxième partie.
Une deuxième partie s'ouvrant sur un morceau déchirant. Beware Of Darkness est un sommet. Un sommet lacrymal, à ne pas écouter quand on a le blues, car ça ne vous aidera pas à aller mieux. Une des plus belles chansons de l'album, un passage déprimant, aussi, mais magnifique. Apple Scruffs remonte le moral. Chanson acoustique, un peu 'sur le vif', champêtre dirons-nous, c'est un morceau très joyeux sans pour autant tomber dans le gonflant. La face C alterne vraiment entre morceaux enjoués et morceaux plus mélancoliques dans l'âme. Ballad Of Sir Frankie Crisp (Let It Roll) se rapproche un peu du morceau d'ouverture. On retrouve ce même côté planant qui empêche la chanson de finir en simple chanson pop. Ce style typiquement Harrisonien et qui a inspiré quantité de groupes, notemment pour le mouvement britpop (The Verve, Blur, Oasis, Radiohead...) sera surnommé la Krishna pop. Ballad Of Sir Frankie Crisp (Let It Roll) est d'une magnificence absolue. Un chef d'oeuvre en hommage à Frankie Crisp, un ancien habitant du manoir dans lequel vivait Harrison. Awaiting On You All, totalement enjouée, souffre du syndrome Phil Spector. Ici, clairement, trop de production. Le mur du son vient gâcher. La chanson en elle-même est excellente, mais la production est 'over the top' avec tous ces cuivres (ça fait vraiment grosse fanfare !)... Awaiting On You All n'en demeure pas moins très bonne. Mais la production fonctionne mieux avec les titres planants, et c'est clairement ce qui est prouvé avec le titre éponyme de l'album, All Things Must Pass. Cette chanson est clairement du niveau d'un Isn't It A Pity ou Beware Of Darkness. C'est-à-dire une pure merveille mélodique, interprétée par un Harrison plus que jamais ruisselant de génie. Ce morceau mérite amplement son titre éponyme, un titre un peu lourd à porter parfois, car c'est sur celui-là que l'auditeur fonde tous ses espoirs...
La face D démarre avec le morceau le plus Beatlesien du lot, un titre qui aurait pu se retrouver sur le White Album, voire sur Abbey Road. Ce titre, c'est I Dig Love. Une prouesse mélodique un peu sombre, un peu Lennonienne, même. La chanson est un tantinet longuette (elle aurait été meilleure raccourcie d'une minute) mais demeure un grand moment. De toute façon, quelle chanson de All Things Must Pass n'est pas un grand moment ? Tiens, en parlant de grands moments, Art Of Dying tombe à pic. Des riffs géniaux, une section rythmique du tonnerre de Dieu, cette chanson est l'une de mes préférées du disque. C'est très subjectif, car il y a mieux, sur All Things Must Pass, mais Art Of Dying, contrairement à ce que son titre laisse penser, est immortelle. Comme tout l'album, d'ailleurs.
Harrison a décidément tout prévu... Peut-être avait-il peur que l'auditeur oublie cette face A absolument merveilleuse arrivé au bout de l'album ? Donc, il a vraiment tout prévu en sortant une deuxième version du sommet culminant du disque, Isn't It A Pity (Version Two). Une version considérablement raccourcie (deux minutes de moins), plus sobre musicalement. Moins grandiose que la première, on s'en serait douté, mais cette deuxième version ne semble pas pour autant être du remplissage, et elle augmente le plaisir d'écoute du disque. Mais il faut un final détonnant, après tout ce que l'on vient de se prendre dans la tronche. Et là, encore, Harrison a tout prévu. Hear Me Lord est... comment dire... féérique !? Je ne sais pas si le mot est assez fort... Toujours est-il que cette chanson referme le disque sur une note absolument titanesque, digne de l'album lui-même. Une grande fin.
Je ne m'attarderai guère sur le disque bonus de jams (qui, je le rappelle, était vendu avec le vinyle original, pas de simples bonus CD), qui est pour tout dire, furieusement inégal. Bon, il faut à tout prix écouter Out Of The Blue, une cavalcade insensée de 11 minutes, un titre extraordinaire digne du meilleur de Clapton. Mais durant tout le reste de ces bonus... on s'emmerde un peu. Ce n'est pas spécialement mauvais, c'est juste moyen et férocement inutile par rapport au reste de l'album. C'est pourquoi il vaut mieux en rester aux 18 chansons des deux premiers disques, qui sont toutes horriblement fabuleuses, fantastiques. All Things Must Pass, c'est ça, c'est un enchaînement jamais ennuyeux de chansons toutes plus monumentales les unes que les autres. Un chef d'oeuvre absolu dont on ressort les larmes aux yeux, car tant de beauté est difficilement supportable pour un seul être humain.
DISC 1
1. I've Had You Anytime (2.57)
2. My Sweet Lord (4.37)
3. Wah-Wah (5.35)
4. Isn't It A Pity (7.08)
5. What Is Life (4.22)
6. If Not For You (3.27)
7. Behind That Locked Door (3.05)
8. Let It Down (4.57)
9. Run Of The Mill (2.51)
DISC 2
1. Beware Of Darkness (3.48)
2. Apple Scruffs (3.04)
3. Ballad Of Sir Frankie Crisp [Let It Roll] (3.46)
4. Awaiting On You All (2.45)
5. All Things Must Pass (3.44)
6. I Dig Love (4.54)
7. Art Of Dying (3.37)
8. Isn't It A Pity [Version Two] (4.45)
9. Hear Me Lord (5.48)
BONUS DISC (JAMS)
1. Out Of The Blue (11.13)
2. It's Johnny's Birthday (0.49)
3. Plug Me In (3.18)
4. I Remember Jeep (8.05)
5. Thanks For The Pepperoni (5.32)
The Beatles - "Help" (1965)
Je serai clair: la face A de Help est tout simplement la plus grande face jamais enregistrée par les Beatles. Help est le cinquième opus du groupe. C'est un disque qui survient après le mauvais Beatles For Sale de 1964, où l'on sentait le groupe fatigué de toute cette Beatlemania... Ici, la bande de Lennon est requinquée. Et pour cause, ils viennent de tourner leur second film, réalisé par Richard Lester; une comédie british très drôle et sympa (pour peu que l'on aime l'humour anglais), nommée... Help. Maintenant, vous avez tout compris: l'album dont je vais parler aujourd'hui n'est autre que la BO du film. Enfin... la BO, ce n'est que la face A, la face B réunit des chansons inédites (comme A Hard Day's Night). Autre phénomène marquant: Help, du haut de ses 33 minutes, est le premier chef d'oeuvre absolu du groupe. En effet, With The Beatles et A Hard Day's Night avaient beau être très réussis, il contenaient quand même chacun une ou deux croûtes moisies. Ici, rien à redire, Help est clairement le premier monument intouchable des Scarabées... et surtout pas le dernier !!
Ici, au niveau de l'interprétation, Lennon s'offre pas moins de 6 chansons, c'est-à-dire presque la moitié de l'album. Harrison en a deux, Ringo en a une, Macca a le reste. Et c'est bien Lennon qui ouvre cette orgasmique face A du feu de Dieu, avec le tube éponyme de l'album, j'ai nommé Help. Tout le monde connaît cette chanson, non ? Que dire, à part qu'il s'agit de l'une des plus grandes chansons pop des 60's ? Clairement, le groupe donne le ton de l'album avec cette chanson. Help est très recherchée, une mélodie imparable et un rythme d'enfer, c'est là sa force. Finies les niaiseries des débuts, ici, Lennon s'affirme. Mais le grand gagnant est indéniablement McCartney. Paul a toujours représenté le côté fleur bleue du groupe... Ici, il brise son statut définitivement avec The Night Before. Là, je ne vois absolument pas quoi dire. Immense rock, The Night Before est l'une de mes 5 chansons préférées des Beatles, ni plus ni moins. Le chant de Macca y est parfait (il a rarement aussi bien chanté). Cette chanson fait partie de celles que l'on rêve de composer, de celles que l'on pourrait se passer en boucle des milliers de fois sans s'en lasser... The Night Before est le sommet absolu de l'album, et sera le sommet absolu des Beatles jusqu'à A Day In The Life (1967).
1965 est l'année de deux sublimissimes ballades Lennoniennes: il y a Norvegian Wood (sur le fantastique Rubber Soul), et il y a aussi You've Got To Hide Your Love Away, sans aucun doute un des joyaux de Help. En 2 petites minutes (pourquoi c'est aussi court, bordel ?), cette ballade acoustique des plus monumentales est touchante, attachante. Pour moi, c'est clairement l'une des meilleures chansons de Lennon. Encore un classique Beatlesien, pour ce qui demeure une vraie perle. Mais ne pas parler trop vite, car des perles, il y en a un paquet, sur Help ! La chanson suivante est un monument pop à elle seule, signée de mon Beatle préféré, le regretté George Harrison. I Need You est l'une de ses plus grosses merveilles. Là encore, c'est tout simplement beau, et à écouter. De plus, avec cette chanson, Harrison s'impose comme un magnifique chanteur, et un avant-gardiste sur le rock psychédélique (la guitare sur les couplets, ça fait très psyché, mine de rien !). Après, cette chanson n'est pas psyché, loin de là. Mais pour les raisons que j'ai expliqué...
Another Girl est signée McCartney. Sans doute la chanson la plus faible de la face A, mais ne boudons pas notre plaisir: elle reste quand même sublime. Encore une fois, Lennon s'en tire merveilleusement grâce à You're Gonna Lose That Girl, petite grosse merveille à la mélodie merveilleuse, douce, imparable. Il suffit de ça pour en faire un pur trésor de la pop anglaise de l'époque. Je sais, je dis ça de toutes les chansons de l'album ! Mais allez trouver d'autres arguments... Pas facile, surtout que se pointe l'un des grands sommets de l'album, et par ailleurs le sommet du disque avec bien sûr The Night Before: il s'agit de Ticket To Ride. Bon, tout le monde connaît, et je n'ai pas forcément besoin de m'attarder dessus. Unique chanson de l'album à dépasser les trois minutes (mais de peu), Ticket To Ride ne se présente plus. Riff cultissime, Lennon qui fait des merveilles. Cette chanson est tout simplement monumentale, grandiose, immense. Magnifique pour clôturer la face A.
Difficile de passer après une telle claque; que va donner la face B ? C'est quitte ou double. Mais fort heureusement, la face B, sans être aussi puissante que la A, s'en tire franchement bien également. Malheureusement, ses premiers sillons sont ceux de Act Naturally. Une des deux reprises de l'album. Interprétée par l'affreux Ringo (dixit Homer Simpson). Bon, ce n'est pas mauvais, loin s'en faut, mais ça reste quand même redoutablement mineur et décevant par rapport à la leçon d'humilité musicale que l'on s'est pris avec la face A. Meilleur que cette nazerie de What Goes On sur l'album suivant, mais tout de même mineur. De toute façon, il faudra attendre 1969 pour avoir enfin une bonne chanson des Beatles avec Ringo au chant (le génial Octopus's Garden). Alors passons directement si vous le voulez bien, à la patte Lennonienne de la face B. Ca commence avec It's Only Love (rien à voir avec Simply Red !), chanson la plus courte de l'album, avec moins de 2 minutes au compteur. Et on regrette que ça soit aussi court: cette douceur à la Zombies montre l'étendue des talents de Lennon. Franchement excellent. Puis ce You Like Me Too Much de Harrison, dans le plus pur style Beatlesien, qui commence de manière très bluesy mais s'avère être du Sacarbée traditionnel de l'époque. Pas une des meilleures de l'album, mais très sympa quand même ! Tout comme ce superbe (bien qu'un peu pompeux au niveau des choeurs) Tell Me What You See, qui débute une triplette McCartienne.
Macca s'offre une chanson aux accents country avec I've Just Seen A Face (au niveau des titres de chansons, elle semble être la suite directe de Tell Me What You See: volontaire ?). Sympa comme tout, ce morceau de deux minutes que je ne pouvais pas blairer au début, mais auquel on s'accoûtume au bout d'un moment ! Et alors là... Bah oui, alors là... Arrive LE tube des Beatles par excellence, la chanson qui fait de l'ombre. Je parle de Yesterday. Vous vous attendiez pas à ça, hum ? Pourtant, Yesterday est bel et bien sur Help. Que dire sur ce chef d'oeuvre McCartien qui n'a pas déjà été dit 10 000 fois ? Bon, on l'a sûrement trop entendue, n'empêche que Yesterday est toujours aussi sublime 45 ans après, elle n'a pas vieilli d'un poil... Bon, pas ma préférée de McCartney ni de l'album (The Night Before, bordel de Dieu !!!), mais force est de reconnaître le côté intemporel de ce tube. Enfin, Lennon achève merveilleusement bien le disque avec la deuxième reprise, celle d'un classique absolu du rock'n roll, Dizzy Miss Lizzy. Rien à dire, c'est juste immense pour terminer. Clairement, Help se clôt sur l'un de ses moments forts !
Au final, Help, c'est une face B très belle et sympa comme tout, mais c'est aussi et surtout la face A. Je le redis, cette monstrueuse face A est pour moi la plus grande face de toute l'histoire des Beatles, pour The Night Before, mais aussi pour I Need You, Ticket To Ride... Une claque mélodique sans précédent, qui a sûrement inspiré les Zombies pour leur monument Odessey And Oracle, mais aussi bien d'autres groupes. Avec Help, les Beatles s'affirment, et sont au sommet de leur forme, à leur nirvana, pour la première fois. Ils resteront comme ça jusqu'à la fin. Comprenez donc à quel point Help est un album charnière, fédérateur et monumental.
1. Help (2.18)
2. The Night Before (2.33)
3. You've Got To Hide Your Love Away (2.08)
4. I Need You (2.28)
5. Another Girl (2.05)
6. You're Gonna Lose That Girl (2.17)
7. Ticket To Ride (3.10)
8. Act Naturally (2.29)
9. It's Only Love (1.54)
10. You Like Me Too Much (2.35)
11. Tell Me What You See (2.34)
12. I've Just Seen A Face (2.03)
13. Yesterday (2.06)
14. Dizzy Miss Lizzy (2.56)
Rétrospective n°1: Genesis au temps du progressif
De gauche à droite: Tony Banks, Mike Rutherford, Peter Gabriel, Steve Hackett et Phil Collins
Parfois, il est bon pour le chroniqueur d'albums de s'éloigner de la chronique d'albums. Parce qu'il finit par dire toujours la même chose quand il encense (ou défonce) à longueur de temps. C'est pour ça que ce blog innove (t'as vu ça un peu...) dès aujourd'hui, avec des chroniques qui ne s'intéressent pas à des albums, mais à des groupes ou artistes. Pas forcément sur toute leur carrière, cela ne peut être qu'une période !Premier de la série, un groupe qui, en ce moment, me fascine, que j'écoute beaucoup, qui convient bien à ces temps-ci, c'est-à-dire des temps de chaleur, de stress. Il s'agit de, quelle surprise, Genesis. Cet article a donc pour but de résumer l'histoire de ce groupe mythique, tout en jugeant également les albums, sur la période progressive du groupe (et je ne ferai pas la période pop de toute façon, vu qu'il y a des albums de cette période que je ne connais pas, et qu'elle est bien moins intéressante).
La Genèse du groupe (jeu de mots honteux, je sais)
Il y a de quoi être fasciné par Genesis... Tout commence en 1963, alors que nos amis proggeux sont au collège/lycée. Peter Gabriel et Tony Banks se rencontrent. Peter chante, Tony est aux claviers, tout est bon pour former un groupe d'ados boutonneux, The Garden Wall. Au même moment, deux guitaristes ont également leur petit groupe de lycée, Mike Rutherford et Anthony Phillips. Le groupe de ces deux-là se nomme The Anons. C'est en 1967 que The Garden Wall et The Anons fusionnent pour ne donner qu'un: la Genèse. Phillips garde un rôle de guitariste et Rutherford troque sa gratte contre une basse. En guise de batteur, le groupe engage d'abord Chris Stewart puis John Silver. Un pote d'études, Jonathan King, produit le nouveau groupe. Les premières chansons sont très pop Beatles, apparaissent dès 1968. Les singles sont des bides monumentaux, de même que l'album de cette formation, qui sort en 1969: From Genesis To Revelation. Un disque hautement médiocre d'après la rumeur, qui ne se vendra pas du tout et sera classé en 'musique religieuse' chez certains disquaires, compte tenu du titre de l'album ! En partie à cause de Jonathan King, qui n'aidera pas l'album à se vendre en y plombant les chansons de contrebasses, etc... Bref, Genesis est un groupe qui part mal. King est viré à coup de pompes. Néanmoins, Genesis continue, prend peu à peu des sonorités de rock progressif, style de rock intelligent et réfléchi amené par King Crimson, et se produit dans un club, où le groupe se fait remarquer par une grande maison de disques (mode M6: OFF): The Famous Charisma Label.
1970-1975: la période Gabriel
Genesis se fait engager par la maison de disques et il leur faut un premier album... A noter, on dit adieu à John Silver, le batteur, et c'est John Mayhew qui prend sa place derrière les fûts. Le reste du groupe (Gabriel, Banks, Ruhterford et Phillips) ne change pas. Pour leur premier 'vrai' disque, le patron de Charisma donne carte blanche au groupe, qui pourra choisir ses morceaux et sa pochette sans un rabat-joie de producteur derrière. Cela donne finalement un disque de rock progressif, hautement influencé par le In The Court Of The Crimson King de Crimso': Trespass. L'album, sous une sublime pochette Moyen-Âgeuse (le trait noir est celui d'un couteau qui se plante au verso de la pochette !), sort en 1970. Il contient six longs titres, trois par face. Au final, Trespass est un très bon coup d'essai, bien qu'inégal... Si la face A est grandiose et atteint des sommets avec Visions Of Angels, la face B déçoit un peu, notemment avec l'anecdotique Stagnation. Néanmoins, le dernier titre de cet album est aussi le premier classique de Genesis. Il s'agit des 9 minutes intenses et violentes (au niveau des paroles) de The Knife, morceau très speedé, qui ne colle pas avec le reste de l'album (envoûtant, lyrique, doux), mais est quand même excellent. Genesis a trouvé sa voie !
Deux départs après Trespass: celui de John Mayhew (décidément, le groupe n'a pas de chances avec ses batteurs !) qui n'a pas le niveau escompté, et aussi celui d'Anthony Phillips, pour qui le trac des concerts devient ingérable. C'est après une annonce dans le Melody Maker que Genesis trouve enfin son line-up historique: le groupe engage Phil Collins à la batterie et Steve Hackett à la guitare. La vraie Genèse est née. 1971 est l'année de la consécration, avec l'album qui va enchanter les proggeux, même ceux qui n'aiment pas Genesis. Il s'agit de Nursery Cryme. Sous sa pochette très estivale, un album culte. Si The Return Of The Giant Hogweed est décevant, le reste, lui, est magistral. A commencer par The Musical Box, suite cultissime de 10 minutes qui ouvre l'album: un pur sommet mélodique où Gabriel est franchement émouvant, un des meilleurs titres de Genesis. Mais Nursery Cryme, c'est aussi l'inoubliable et long (8 minutes) The Fountain Of Salmacis... Trois morceaux très longs (ceux que j'ai cité), le reste est plus court mais mémorable également. Ce second opus de Genesis est un de leurs meilleurs, un grand sommet de rock progressif qui fait du groupe des confirmés. C'est avec cet album que les premiers concerts anthologiques du groupe apparaissent. Anthologiques, car connus pour les déguisements absurdes de Peter Gabriel. Et d'ailleurs, on trouve l'un des principaux déguisements du chanteur... sur la pochette du troisième album.
Hé oui, le fameux renard à robe... 1972, Foxtrot. Album mythique, qui connaîtra un grand succès. Soyons franc, le disque a un peu mal vieilli, mais demeure sublime. Pour info, c'est l'album de chevet et une grande source d'inspiration de Bruce Dickinson, le chanteur d'Iron Maiden. Foxtrot, c'est six titres, dont un de 23 minutes qui occupe toute la face B, j'ai nommé l'immense Supper's Ready. Le morceau serait bien trop long à décrire, mais disons quand même qu'à travers ce chef d'oeuvre progressif, Genesis inclut quand même quelques éléments pop qui feront son avenir. Quoiqu'il en soit, c'est magnifique. La face A n'a pas à rougir de Supper's Ready, on retient notemment l'ouverture Watcher Of The Skies... Dans l'ensemble, ce n'est pas un de mes préférés de Genesis (comme je le disais, il a mal vieilli), mais il reste quand même hautement conseillé... Début 1973, un Genesis Live sort, qui, malgré une production infâme (aah, les lives de l'époque...) et une version bien foirée de The Return Of The Giant Hogweed (Banks dira qu'il s'agit de la pire prestation du groupe !!), demeure une très bonne rétrospective des trois premiers albums de la Genèse.
Mais 1973, c'est aussi l'année d'un album devant lequel les fans s'agenouillent: Selling England By The Pound. Album très apprécié en général, que beaucoup considèrent comme le meilleur de Genesis. A mon humble avis, deux sont encore plus forts (mais vous verrez ça un peu plus bas !), mais bon, celui-ci récolte quand même une bonne 3e place dans mon classement personnel. Il faut dire que, à part un The Battle Of Epping Forest vraiment gonflant et un More Fool Me moyen, tout est parfait sur ce disque. Firth Of Fifth est tout simplement ma chanson préférée de Genesis, et une de mes chansons préférées au monde. 9'30 de pur bonheur musical, c'est ça le paradis. Mais ce serait un crime d'oublier le magistral (et je pèse mes mots) The Cinema Show, le superbe After The Ordeal, ou encore le premier carton FM du groupe, hé oui, I Know What I Like (In Your Wardrobe) ! Une chanson admirable, plus pop-rock que progressive, qui se classera 17ème dans les charts anglais ! L'album, lui, se classera 3ème, rien que ça, et, je pense que vous l'avez compris, est une splendeur difficile à égaler. Beaucoup me contrediront mais je pense personnellement que cet album est le dernier chef d'oeuvre de la période Peter Gabriel... Car oui, que ça vous plaise ou non, je ne voue pas un culte au mythique album suivant... !
A la vue de la (sublime) pochette, vous comprenez pourquoi j'utilise le mot "mythique", non ? The Lamb Lies Down On Broadway est sorti en 1974. Il s'agit d'un double album concept qui marque le début de la fin entre Peter Gabriel et le reste du groupe: Gabriel souhaite faire une carrière solo (ce sera chose faite dès 1977, et en solo, il a fait des trucs grandioses aussi, c'est rien de le dire !), de plus, certaines tensions se créent. Pour The Lamb Lies Down On Broadway, Peter Gabriel ne participe pas à la musique, il ne signe que les paroles. L'album raconte l'histoire d'un New Yorkais, Rael, qui se prend un jour un mur en pleine face, que seul lui voit et ressent. En pleine rue. De là commence un trip surréaliste... Histoire grandiose, et du point de vue musical, alors ? Je serais déjà plus mitigé. Bon, il y a The Carpet Crawlers, une des trois plus belles chansons du groupe, une pure merveille absolue, totalement déchirante. Et rien que pour cette chanson, l'album se doit d'être écouté, voire acheté. Rien que pour ça... Le reste est composé de chansons parfois grandioses (The Lamb Lies Down On Broadway, In The Cage, The Chamber Of 32 Doors, The Waiting Room) mais aussi de morceaux plus anecdotiques (Counting Out Time, Here Comes The Supernatural Anaesthetist). Plus de bon que de mauvais, mais au final, je trouve l'album longuet. A écouter, ne serait-ce que pour The Carpet Crawlers... Mais pas un de leurs meilleurs !
Après une tournée où l'album est joué en intégralité, Peter Gabriel quitte le groupe. Genesis décide, après des auditions peu convaincantes, que Phil Collins sera chanteur en plus d'être batteur. L'année 1975 est donc creuse discographiquement pour le groupe. Steve Hackett en profite pour sortir son premier album solo, Voyage Of The Acolyte. C'est là que commence la deuxième période de Genesis: celle du guitariste à lunettes.
1976-1977: la période Hackett
Bon, ok, elle est un peu personnelle cette définition de période Hackett. Mais, à mon humble avis, cette période qui s'est étalée sur deux années ou régnaient encore le rock progressif dans le groupe, s'est orchestrée autour de ce grand mélodiste qu'est Steve Hackett. L'âme poétique du groupe, face à l'âme théâtrale de Gabriel et l'âme commerciale de Collins. Je ne vais pas vous mentir: les deux albums sortis sous la période Hackett... sont les deux grands sommets absolus du groupe. Il y a un album automnal et un album hivernal, tous deux sont de purs monuments de musique. Et l'album automnal, j'ai nommé A Trick Of The Tail, sorti en 1976, a carrément la place de number one absolu pour moi, au classement des albums de Genesis. C'est simple: c'est la beauté même. Que dire après avoir entendu l'intro démentielle de Dance On A Volcano, le final éclatant qu'est Los Endos, la montée en puissance de Ripples ? Puis, A Trick Of The Tail, c'est surtout Entangled. Putain, quel titre celui-là... Je suis à la limite de chialer à chaque fois que j'entends cette chanson, il s'agit tout simplement de l'une des plus belles chansons que le rock ait pu offrir. On ne se remet pas d'une telle merveille. Bref, écoutez cet album, et vous écoutez la quintessence absolue de Genesis, leur sommet pour moi, clairement.
Le second, c'est Wind And Wuthering, l'album dépressif de Genesis, un monument de l'année 1977. Ici encore, c'est beau à pleurer, même si je préfère de peu le précédent disque. Déjà, on ressent quelques empreintes pop, comme avec ce slow made-in-Collins, Your Own Special Way. Mais la patte progressive est encore là, elle n'a pas abandonné le groupe, à l'image de One For The Vine ou du très amusant All In A Mouse's Night, qui est en fait une sorte de dialogue entre un chat et une souris, du point de vue des paroles. Wind And Wuthering fait la part belle aux instrumentaux: si Wot Gorilla (question posée à Frank Zappa, mais l'anecdote est longue à expliquer) n'apporte pas grand chose, en revanche, la suite Unquiet Slumbers For The Sleepers... In That Quiet Earth est juste monumentale. Mention spéciale à l'engagé Blood On The Rooftops, qui est à Wind And Wuthering ce que Entangled est à l'album précédent. Bref, ce penchant hivernal et froid de A Trick Of The Tail est une merveille absolue, peut-être même le dernier grand chef d'oeuvre du groupe. La même année (1977, donc) sort le live Seconds Out, sans doute le meilleur live de la Genèse.
La période Steve Hackett est divine. Malheureusement, le gratteux quitte le groupe fin 1977, laissant Genesis à trois membres: Rutherford devient à la fois bassiste et guitariste. La perte de Hackett est monumentale, 100 fois plus importante que celle de Gabriel, et l'impossible va devenir possible: Genesis plonge dans la pop et la gloire FM. Les années 80 de Genesis seront sympa, avec des sursauts d'orgueil mais aussi des trucs plus moyens. Dans l'ensemble, il est mieux de retenir Genesis pour le groupe fondamental qu'il a été dans les années 70. Et quel groupe !!
La prochaine fois: les années 60 de Bob Dylan !
The Beach Boys - "Pet Sounds" (1966)
I feel so broken, I want to go home...
Putain, je n'avais jamais chroniqué ça. La honte... Oui, alors là, c'est vraiment la dèche. D'autant plus qu'il va être dur de causer de ce bijou que je me suis enfin décidé à faire. Faut comprendre, ce disque, malgré sa pochette totalement risible, est simplement l'un des grands intouchables absolus de l'histoire de la musique. La naissance du rock psychédélique en 13 titres et 36 minutes, et la naissance de pleins d'autres choses dans le coeur de celui qui écoute ça. Il est difficile de dire, noir sur blanc, ce que je ressens à l'écoute de cette indescriptible merveille. Et ce discours est totalement pathétique et dénué d'intêret, je sais, car des millions d'autres rockeurs dans le monde vous diront ça. Quand on connait Pet Sounds, on se dit obligatoirement qu'il est vraiment dommage que le grand public ne connaisse les frères Wilson que pour leurs ringardises à la Surfin USA ou I Get Around. Car ici, les conneries gentillettes et juste insupportables à la longue (Surfin USA est la sonnerie de mon bahut, je vous garantis que cela donne des envies de meurtre...) sont bien finies, au contraire, Pet Sounds est un album d'une mélancolie totale, à ne pas écouter quand on a le cafard, et ici, Brian, Carl et Dennis atteignent la perfection émotionnelle et musicale, on ne le redira jamais assez. Cet album est l'un des plus intenses de l'histoire, et a permis, avec sa musique paradisiaque, trois ans d'expérimentations camées, trois ans, de 1966 à 1969, qui ont totalement révolutionné le rock. Pet Sounds est le disque fédérateur du rock psychédélique, même si on ne parle pas encore totalement de rock avec ce disque, plus de "pop psychédélique". Mais ne pinaillons pas, tant ce disque représente le bonheur de l'auditeur et la beauté à l'état pur, il serait dommage de le souiller avec des paroles inutiles...
Bon, je l'avoue, j'ai longtemps fait l'hérétique sans le savoir. J'ai commis l'impardonnable pendant longtemps, en n'achetant pas ce disque car j'avais de mauvais préjugés sur les Beach Boys, musicalement parlant. Puis, la pochette me rebutait, comprenez... Mais un jour, merde, j'avais un peu de fric à claquer et j'ai passé la barre des mauvais clichés, "c'est niais", etc... Permettez-moi de vous dire que la claque dans la gueule a été grosse. Pourtant, le refrain du premier morceau de l'album, l'ultra-connu Wouldn't It Be Nice, a joué quelque chose dans les clichés... Ok, ce tube paraît un tantinet niais les premières fois, mais écoutez un peu ces couplets divins, qui emportent hyper loin, qui font planer. Je n'ose pas me demander ce que c'était d'écouter cet album à sa sortie: jamais la musique "rock" (je mets entre guillemets, car ça n'en est pas vraiment), n'avait été aussi belle, jusque-là. Rien que de par sa construction, Wouldn't It Be Nice étonne le jeune de 20 piges qui écoute son nouvel achat 33 tours sur sa platine flambant neuve. Je me dis que, rien que cette chanson a été une révolution musicale. Et attendez, ça continue... You Still Believe In Me est l'une des plus grosses merveilles du disque, une chanson moelleuse, superbe et bien foutue jusqu'au bout. Et c'est sur cette chanson que l'on entend pour la première fois des gimmicks sonores, c'est-à-dire des bruits de tous les jours dans une chanson. Ce que Pink Floyd ou les Beatles développeront à merveille vient de Pet Sounds. Pour la 3684367364ème fois dans cet article: cet album est une révolution.
That's Not Me est plus pop, moins planant que You Still Believe In Me, et ramène à la réalité, en quelques sortes... Pas une des meilleures de l'album, mais quand même hyper efficace et trippante. Par contre, il sera bien plus dur de décrire le morceau suivant. Là, je préfère ne pas trop parler dans le vide, c'est bien Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder). Cette chanson est juste... merveilleuse, magnifique, grandiose, sulbimissime. Un pur moment de grâce, l'auditeur est au paradis absolu. Ce titre est planant à souhait, et beau à pleurer. Titre idéal quand on a besoin de se vider les nerfs, Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder) est l'un des plus beaux titres de l'album. Déchirant, en un mot.
I'm Waiting For The Day est une géniale bouffée d'air frais, un titre revigorant et beau, à en rendre jaloux les Beatles. Et c'est ensuite un instrumental grandiose, qui emporte loin, mais alors très loin. Je parle bien sûr de Let's Go Away For Awhile, une pure merveille bien mélodique et rêveuse, qui décontracte et fait office de véritable calmant après une dure journée. Relaxant et inlassable, euh... que voulez-vous que je vous dise d'autre, je cherche les mots, c'est tout simplement admirable. Et alors que l'on se dit "difficile de passer après ça", la face B démarre sur les chapeaux de roue, et c'est rien de le dire, avec deux titres qui représentent juste la quintessence absolue des Beach Boys et du rock des années 60 en général. D'abord le culte Sloop John B, et son refrain déchirant de beauté. Juste magistral, frissons garantis, Sloop John B est l'une des meilleures de l'album, et en fait, je me répète car je ne trouve pas les mots. Sûrement qu'ils n'existent pas, les mots que je cherche. Un mot n'est jamais assez fort pour décrire Pet Sounds, et le titre suivant le prouve, il s'agit de God Only Knows. Le sommet absolu de l'album, tout simplement. La meilleure chanson des Beach Boys, une des meilleures chansons des années 60. Et je ne vais pas plus chercher comment analyser un titre aussi déchirant et fantastique (et triste) que God Only Knows. Non, là, franchement, je me tais.
Suite ! Frissonnant et fabuleux est I Know There's An Answer, une chanson encore une fois très mélancolique, et qui a de quoi foutre le bourdon. Here Today, avec son orchestration immense, n'est guère plus gaie, bien que plus positive que la plupart des autres chansons de l'album, au niveau des paroles. Encore une fois, c'est grand, que dire de plus ? Ah oui, c'est grand mais désespéré. Sometimes I feel very sad, tel est le refrain de I Just Wasn't Made For These Times. Brian Wilson avait sûrement un gros coup de blues quand il a écrit ça, et cela suffit à faire de la chanson quelque chose de très fort, et, clairement, le very sad contamine l'auditeur...
Second instrumental du disque avec le très rafraîchissant et exotique Pet Sounds. Le titre éponyme de l'album est instrumental, c'est rare à l'époque. Curieusement, Pet Sounds n'est pas forcément le morceau qui définit le mieux l'album, mais il reste quand même hyper agréable à l'écoute et passe comme une lettre à la poste. Enfin, le final Caroline No est une splendide rêverie mélancolique. On s'imagine dans un champ en train d'écouter ça... rien de plus magique. C'est à essayer d'ailleurs, sans aucun doute. L'album se termine sur l'un de ses moments de gloire. Apaisant, relaxant, calme. C'est beau, que voulez-vous, c'est beau...
Au final, oui je me répète, mais il faut bien dire plusieurs fois que cette merveille est la beauté incarnée. Préciser cela relève presque du devoir de mémoire envers un tel chef d'oeuvre absolu de la musique. Puis finalement, je ne sais pas comment terminer l'article. Franchement, là, pas d'idée en ce qui concerne la conclusion. J'ai essayé pleins de trucs qui m'ont paru être des foirades pas possibles, c'est au moins la cinquième fois que je modifie ce paragraphe. Mais peut-être que finalement, il vaut mieux se taire. Oui, je pense que oui, il est préférable de laisser parler la musique, car God only knows what I'd be without Pet Sounds !
Sur ce...
1. Wouldn't It Be Nice (2.25)
2. You Still Believe In Me (2.34)
3. That's Not Me (2.27)
4. Don't Talk [Put Your Head On My Shoulder] (2.56)
5. I'm Waiting For The Day (3.06)
6. Let's Go Away For Awhile (2.20)
7. Sloop John B (3.00)
8. God Only Knows (2.53)
9. I Know There's An Answer (3.15)
10. Here Today (2.55)
11. I Just Wasn't Made For These Times (3.13)
12. Pet Sounds (2.28)
13. Caroline No (2.50)
Radiohead - "Kid A" (2000)
Il ne faut jamais confondre "meilleur album" et "album préféré". On peut très bien avoir un album préféré de tel ou tel groupe sans qu'il soit forcément le meilleur de ce même tel ou tel groupe. Par exemple, le meilleur album des Doors est incontestablement L.A Woman; pourtant mon préféré est Strange Days. Le meilleur album de Cure est Pornography, mon préféré est Disintegration. Indéniablement, c'est la même chose avec le cas Radiohead. Tout le monde vous dira ça, et moi-même je le pense: leur meilleur album est l'unique, l'incomparable, la merveille OK Computer. Mais mon grand préféré du groupe, mon chouchou, c'est le suivant, Kid A. Je vais tenter d'expliquer pourquoi, mais un peu d'histoire avant... Kid A est à la fois adoré et mal-aimé, comme n'importe quel album de transition. C'est le mot, ce quatrième album de Radiohead est la transition entre la période pop-rock, classique dirons-nous, et la sombre musique assez inclassable qui suivra après. En fait, ce n'est même pas de la transition, c'est carrément un changement radical de style, un virage hautement casse-gueule à 360° si c'est pas plus. Certes, on trouvait déjà des traces électro-morbides dans OK Computer, mais l'ensemble restait quand même fortement rock alternatif. Ici, ce n'est plus du tout de l'alternatif, c'est devenu du complètement inclassable, un mélange tremblant (mais pas faiblard) d'électro, de pop, de rock, d'ambient. En ce sens, je crois que l'on peut voir en Kid A un successeur moderne et dépressif du Before And After Science de Brian Eno. Nul doute que Radiohead a puisé de l'inspiration en Eno... Bref, Radiohead innove complètement avec cet album sorti dans l'intimité en l'an 2000, sans la moindre promo en single (en même temps, allez chercher un tube FM là-dessus...). Dès l'année d'après, ils sortiront un disque de la même trempe, Amnesiac. Album qui porte bien son nom pour certains, et qui aurait pu s'appeler "Kid B" pour d'autres, tellement les deux disques sont complémentaires. Mais, malgré la réussite de Amnesiac, ce dernier n'arrive pas à la cheville de Kid A. En même temps, dur de passer après un tel album.
10 titres, 50:01 minutes. Rageant, ça, à croire que c'est fait exprès: la fin de la piste 10 est entièrement silencieuse, pourquoi ne pas l'avoir raccourcie d'une seconde, bordel ? Enfin, tant que la musique est bonne, on ne va pas s'en faire... Aucun single comme précisé plus tôt, et pourtant, trois énormes classiques absolus du groupe, toujours joués en live: The National Anthem, Idioteque et surtout Everything In Its Right Place, morecau toujours sublimé en concert. Et c'est justement sur lui que commence l'album. Alors, pour faire simple, Everything In Its Right Place consiste en une suite de bidouillages sonores en ce qui concerne la voix de Thom Yorke. Et ces bidouillages ne sont pas faits au hasard: faites démarrer deux Everything In Its Right Place à 17 secondes d'intervalle, vous verrez l'édifiant résultat... C'est une manière gonflée de commencer l'album, franchement, on ne s'attend pas vraiment à ça de la part de Radiohead. Côté musical, en plus, c'est assez ambiant, dans le style Eno... Ce titre est énorme dans le sens où on se dit "comment ont-ils pu ouvrir un skeud tant attendu par des centaines de milliers de fans avec ça ??". Et à mon humble avis de chroniqueur rock des bas-fonds, c'est justement cette question qui a fait que la chanson est devenu un énorme classique, une hymne des fans de Radiohead refermant la plupart du temps les concerts. Quel titre d'ouverture en tous les cas; un des meilleurs moments de l'album !
L'album continue sa virée infernale dans les méandres du bizarre avec le titre le plus zarb' du disque, l'éponyme Kid A. Mélange musical absolument déroutant, voix de Yorke méconnaissable et terrifiante... Oubliez le Radiohead de The Bends, il est bien loin. Malgré ça, du moment que l'on est pas un ardent pisse-froid qui se trémousse dans son fauteuil de luxe, un exemplaire de Télérama à la main et le dernier album de Carla Bruni en fond, on en reveut. On en veut encore de ce machin génial, on veut l'explorer de bout en bout, et alors arrive un des tous meilleurs moments de l'album pour nous satisfaire, bande de glandeurs que nous sommes. L'orgasmique, le déluge musical absolu The National Anthem. Ici, Radiohead se fait l'empereur du rock expérimental moderne. Ce morceau m'a toujours fait penser à The Narrow Way Part 2 de Pink Floyd (Ummagumma, 1969), car basé sur le même principe: toujours la même chose en fond, toujours un riff incroyable et ravageur non content d'avoir avec lui une rythmique d'enfer. Mais ce qui marque, c'est ce bruit complètement barré et insupportable qui arrive sur le devant de la scène progressivement. Au final, The National Anthem se termine dans un bordel pas possible tout plein de gimmicks sonores, et laisse place à une pure merveille, j'ai nommé How To Disappear Completely. Cette chanson aurait très bien pu avoir sa place sur OK Computer... Envoûtant, frissonnant même, la chose est un magnifique déluge mélodique, une ballade juste déchirante, peut-être la plus belle chanson de Radiohead. Yorke a rarement aussi bien chanté: il y est sublimissime. How To Disappear Completely est l'équivalent d'une bonne séance chez votre psychiatre: beaucoup de choses, d'emmerdes quotidiennes, sont évacuées. Ce morceau libère l'auditeur, lui laisse une force surhumaine, presque... Et puis, j'arrête là, car on dit bien que devant la perfection, il faut se taire, non ?
L'intermède de l'album est le charmant et très ambiant Treefingers. C'est calme, apaisant, reposant. Ca permet de souffler après tant de débâcles émotionnelles de tout genre. On est totalement, ici, dans ce que Brian Eno a pu faire. Oui, à mon avis, Radiohead s'en est vraiment inspiré ! Mais vous qui aimez les sensations fortes, ne stressez pas: ça recommence. Avec deux de mes chansons préférées du groupe, clairement. La première est Optimistic. Peut-être la plus rock du lot, elle est plus accessible que le reste, c'est à la limite celle qui aurait pu faire un bon single. Mais elle reste à l'image de l'album: envoûtant, mélodique et bizarre à la fois. Une pure merveille, en tous les cas... Je n'ai pas grand chose à dire dessus, en fait. Et à mon avis, je n'aurai pas non plus grand chose à dire sur In Limbo. Je crois bien que cette chanson est ma préférée de Radiohead, tous albums confondus. Après rélfexion, oui, franchement, c'est ma chanson préférée du groupe. Point. Choix étonnant s'il en est, mais cette chanson est purement incroyable: belle à en chialer, et un peu expérimentale, tout ça à la fois. Yorke y est renversant, surtout dans le cri final, et on regrette franchement que In Limbo ne soit pas plus longue: c'est un délice absolu, une chanson qu'on est forcés de se repasser plusieurs fois. A mon avis, la plus forte de Radiohead, un titre au-delà des mots. Même le bordel sonore final est magnifique...
Dommage qu'après un tel sommet intervienne le point faible de l'album. Pas qu'Idioteque soit mauvaise, loin de là, mais on regrettera tout de même quelques longueurs, et surtout un climat trop froid pour Kid A. C'est ça le gros point faible du titre: il n'a pas sa place sur Kid A, je l'aurais plus vu sur Amnesiac, perso. Kid A est et demeure, malgré sa pochette et son climat étrange, un album pour le moins chaud, envoûtant, et au final, bien qu'il n'en ait pas vraiment les apparences, chaleureux. Amnesiac reste tout de même plus froid, plus paumé dans l'inconnu... Et en cela Idioteque aurait été parfaite sur Amnesiac. Mais elle reste une très bonne chanson quand même. Plus agréable à l'oreille, plus "dans le sens du poil" est Morning Bell. Une chanson apaisée à l'atmosphère un peu oppressante en même temps. Bien qu'une sublime reprise plus bruyante du nom de Morning Bell/Amnesiac ait été faite sur l'album suivant, c'est la version originale qui reste la meilleure. Envoûtant et flippant à la fois, comme tout Kid A dans son ensemble. Autre chose, la fin de Morning Bell reste longtemps en mémoire ! Enfin, Motion Picture Soundtrack est un peu le Good Night (Beatles, 1968) de Kid A, l'atmosphère mièvre et sirupeuse en moins. En effet, là où la chanson de Ringo était une merdasse totale dégoûlinant de bons sentiments, Motion Picture Soundtrack est réfléchie et superbe. Une belle conclusion en somme. Passées les trois minutes du morceau, c'est le silence pendant une minute avant un très très court bonus track instrumental. Puis c'est encore le silence jusqu'à ce que le compteur indique 7 minutes... Faudra m'expliquer ce truc bizarre... Pourquoi ce silence ? Sûrement pour faire retomber l'atmosphère un peu pesante de Kid A...
Au final, cet album est une merveille de l'histoire du rock. Je le trouve plus puissant et recherché que OK Computer, même si ce dernier est sans le moindre doute plus grandiose. Mais ici, la bande des frères Greenwood atteint la pure expérience musicale. Expérience. C'est pour cela que Kid A demeure un de mes albums de chevet et un des meilleurs albums des années 2000. Et par la suite, si Radiohead fera encore des disques de ce style, jamais ils n'arriveront, en revanche, à égaler le sommet de ce diamant brut, fleuron de la musique ambiante, électro-rock et expérimentale.
1. Everything In Its Right Place (4.17)
2. Kid A (4.45)
3. The National Anthem (5.55)
4. How To Disappear Completely (5.53)
5. Treefingers (3.42)
6. Optimistic (5.18)
7. In Limbo (3.36)
8. Idioteque (5.08)
9. Morning Bell (4.28)
10. Motion Picture Soundtrack + bonus track (7.00)





















