Enfin… Pas vraiment Woodstock. Plutôt la ferme de Max Yasgur, a 60 kilomètres de Woodstock. C’est ici que se déroule le plus grand festival de l’histoire du rock et du folk du 16 au 19 août 1969.

Tout a commencé le 16 août 1969, dans l’après-midi. Le plus gros bouchon de l’histoire des Etats-Unis. Celui-ci n’allait pas à New York, ni à Los Angeles, ni à la finale du Superball. Ce bouchon se rendait chez Monsieur Yasgur. Les artistes aussi étaient dans les bouchons. Notamment Sweetwater, groupe bizarre qui devait ouvrir le festival aux alentours de 18 heures. L’heure H approche. Et les membres de Sweetwater sont encore très loin, bloqués. Richie Havens, en revanche, devait être le deuxième artiste à venir sur Woodstock. Mais sa voiture étant beaucoup plus près de chez Yasgur que celle de Sweetwater, il s’est garé quelque part et est parti en hélicoptère pour finalement ouvrir les festivités.

Notre roi du folk a ainsi joué devant 450 000 hippies défoncés, sous l’œil de John Morris qui présentait les artistes. Après le discours de paix du grand Swami Satchidananda, Sweetwater se pointe enfin sur scène. Comme je le disais tout à l’heure, Sweetwater c’est assez déjanté, assez fou. Il n’en restera pas moins un show mémorable.

Les bouchons sont encore gigantesques pendant que Bert Sommer arrive avec son folk sympa, style « ca va deux minutes ». Il en va de même pour Tim Hardin, avec notamment son hymne Simple Song Of Freedom, deuxième hymne de Woodstock après le Freedom de Richie Havens. Et les artistes se passent le témoin sans grande difficulté, malgré les embouteillages et le mauvais temps. Et déjà un cas grave arrive sur le festival. Celui de l’acide bleu, acide particulièrement mauvais. John Morris avertit les spectateurs juste avant de présenter Ravi Shankar. La nuit tombe ainsi sur la belle cithare fantastique de notre indien sur lequel George Harrison comptait tellement…

Et si Ravi Shankar valait le coup, ce n’est pas le cas des deux artistes qui se présentent après ; Melanie et Arlo Guthrie. Particulièrement chiant, personnellement parlant bien sûr. Mais heureusement, Joan Baez sauve le coup avec son folk sublime. Il est 4 heures du matin, c’en est fini pour le 16 août.

La journée du 17 août devait démarrer à 10 heures, mais les organisateurs ont préféré attendre que la pluie se calme. Ainsi le groupe progressif Quill démarre à 12 heures et 17 minutes. Le groupe a joué une heure avec seulement quatre morceaux. Cela reste l’un des meilleurs groupes ayant joué à Woodstock. Fantastique, tout simplement. Le samedi matin, deux accouchements ont lieu sur le terrain de Yasgur (rappelons aussi qu’il y a eu trois morts…). Chip Monck remplace John Morris dans la présentation des groupes et fait ainsi venir Country Joe McDonald qui joue sans son groupe The Fish. Son folk passe le témoin au groupe latino-rock de Carlos Santana qui joue un Soul Sacrifice enragé. Par la suite, cette version deviendra mythique. John B. Sebastian nous fait revenir à quelque chose de plus calme, suivi de The Keef Hartley Band et de The Incredible String Band qui est surtout incroyablement chiant. Mais retour aux sources avec Canned Heat. Le groupe nous interprète les grands tubes tels que On The Road Again ou Going Up To The Country. Mais le plus sensationnel reste le Woodstock Boogie. 28 minutes incroyables, débordantes de solos extraordinaires et de rythmique fantastique. Puis, entre ballades et bon gros rock, Mountain assure la suite, et quelle suite !!!

Mais déjà arrive le gros ennui du festival. L’acide le plus dangereux qui soit. L’acide vert aura fait un mort et quelques hospitalisés. L’acide marron également. Mais revenons à la musique, si vous le voulez bien. La nuit tombe sur Grateful Dead qui fait une prestation magnifique, toute de rock progressif vêtue. Creedance Clearwater Revival prend la suite avec une belle country. Mais ce n’est pas grand-chose à côté de Janis Joplin qui vient offrir une prestation extraordinaire avec comme toujours sa voix fantastique. De Summertime à Ball And Chain en passant par Try, tous les classiques sont à leurs places. S’en suit Sly And The Family Stone, beaucoup trop chiant comparé aux Who qui nous offrent un Tommy hors du commun et qui vient terminer la journée du samedi 17 août 1969.

Le dimanche s’ouvre sur Jefferson Airplane et leur psyché-progressif. Les classiques sont au rendez-vous : Somebody To Love, White Rabbit, Volunteers.

S’en suit la prestation incroyable de Joe Cocker qui n’avait manifestement pas fumé que du tabac. A noter la mythique reprise de With A Little Help From My Friends des Beatles chanté deux jours plus tôt par Richie Havens. L’orage pointe le bout de son nez. Grosse tempête chez Yasgur. Les groupes s’arrêtent de tourner un bon moment pour laisser place à la tempête. Mais ceci n’étant pas prévu, le festival va prendre un gros retard. Country Joe And The Fish arrivent le dimanche soir. La tempête s’est calmée, et Country Joe n’est plus tout seul sur scène. Mais déjà il y a beaucoup moins de monde sur la plaine. Les gens sont repartis par avion, par train, ils sont retournés chez eux pour travailler. Mais ils loupent le meilleur. Après Ten Years After et The Band, c’est le grand Johnny Winter qui balance son blues dans la grande et belle nuit. Arrive ensuite Crosby, Stills And Nash qui jouent d’abord tous les trois puis qui sont rejoints en fin de show par Neil Young pour former le groupe originel Crosby, Stills, Nash And Young. Aux alentours de six heures du matin, ils passent le relais à The Butterfield Blues Band qui réalise une magnifique prestation sous le ciel nuageux qui se lève. On continue sur un air de fête avec Sha Na Na qui livre diverses parodies de rock’n roll. Enfin le grand Jimi Hendrix arrive vers neuf heures. Il ne reste plus que 30 000 personnes sur la plaine. Les classiques s’enchaînent pour donner lieu à un show mythique qui restera gravé dans toutes les mémoires.

Ainsi s’achève le festival de Woodstock qui restera un grand souvenir, quoi qu’on en dise…