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Aah... Suicide... Ou le disque le plus déroutant de sa génération. Pourtant, ce disque n'est réalisé que par deux êtres: Alan Vega, chanteur/hurleur habité par on ne sait trop quoi, et Martin Rev, entouré de claviers et de boîtes à rythmes, qui s'occupe de tout le côté musical de la chose. En 1975, Lou Reed avait expérimenté dans les sonorités triturées et avait en quelque sorte inventé le proto-punk avec le taré Metal Machine Music, 64 minutes de bruit blanc. Suicide a tout simplement mis en véritable musique le bruit du disque de Lou Reed, et propose ici 32 minutes (trop court, argh! Heureusement qu'une version collector 2 CD sortira pour les 25 ans de l'album!) aussi adulées que détestées. Et, à la sortie du disque, elles étaient plus détestées qu'adulées: le public lambda de l'époque n'avait pas l'habitude d'entendre... ça. Lors de ses premières prestations live, le groupe se fait huer, Alan Vega est obligé de se battre avec des membres du public, laissant Martin Rev et les organisateurs pantois. 30 ans après, ce disque est plus adulé que détesté. Il s'est largement imposé comme une référence, et reste, du haut de ses sept titres, un des disques les plus emblématiques de la turbulente année 1977.

L'album s'ouvre sur un morceau merveilleux, mais trop court, Ghost Rider, qui, déjà, rentre bien l'auditeur dans un monde morbide et trituré: le monde de Suicide. Un rythme d'enfer, quand on pense que c'est le même mec qui fait tout, juste accompagné par un chanteur qui ne carburait pas qu'au pain sec et à l'eau... On aurait bien aimé que Ghost Rider dure trois ou quatre minutes de plus... On retrouve cette même ambiance plombante et macabre sur Rocket U.S.A, chanson dans laquelle Alan Vega nous prépare déjà aux hurlements de Frankie Teardrop en poussant des huuuh incontrôlés. Bien que cela reste du Chantal Goya par rapport à Frankie Teardrop... Voici ensuite le petit classique de l'album, qui sortira en single, une étrange chanson d'amour dans laquelle Alan Vega s'essaye même au français (je t'adore, baby), Cheree. Notre glapisseur répète toujours un peu la même chose, sur un rythme de battements de coeur agrémenté d'un glocksenpiel tout gentillet. Une chanson d'amour façon Suicide, quoi!

Johnny ferait penser à du Eddie Cochran remixé. Véritablement. Une vraie chanson de rock'n roll. On s'y croirait! Si on enlève tout le côté proto-punk trituré de la chose, on s'imagine dans le Ed Sullivan Show avec un élégant monsieur qui fait crier toutes les jeunes filles pour lesquelles on doit maintenant payer les retraites. Girl reste également dans ce côté rockabilly, mais moins quand même. Elle est en tous points plus macabre que Johnny. Arrive donc le très grand moment de l'album. En 10 minutes et des poussières, Frankie Teardrop s'impose comme l'un des morceaux les plus terrifiants de l'histoire. Alan Vega y raconte l'histoire d'un revenant de la guerre du Vietnâm qui travaille dans une usine, qui a une femme et un gosse, et qui perd les pédales. Il décide de tuer tout le monde chez lui, avant de se faire sauter le caisson lui-même. Les cris effrayants que pousse Alan Vega (j'espère pour lui qu'il avait des Strepsils dans sa poche le jour de l'enregistrement, le pauvre homme...) symbolisent les morts des victimes. A ne pas écouter tard le soir dans le noir, sous peine de passer une nuit blanche... Frankie Teardrop est un essentiel absolu, en un mot comme en cent. Che finit le disque sur ne note plus sobre, heureusement pour les tympans des auditeurs, dévastés par Frankie Teardrop. Un excellent morceau de fermeture.

Bien sûr, la version 2 CD est recommandée... On y retrouve d'étonnantes performances live, ainsi que quelques inédits. Mais il demeure préférable pour cette chronique de rester basé sur le vinyle original. Car il n'y a pas besoin d'en rajouter. Certains défenseurs de la musique "artisanale" persisteront à dire que Suicide est une belle merde. Ne les écoutez pas: Suicide, premier du nom, est absolument monumental!

1. Ghost Rider (2.32)

2. Rocket U.S.A (4.15)

3. Cheree (3.40)

4. Johnny (2.09)

5. Girl (4.05)

6. Frankie Teardrop (10.24)

7. Che (4.50)

Attention, ça surprend!