TagoMagoCanSoydelMonton

Attention, je vais vous parler d'un disque frappadingue comme jamais, mais aussi d'une perle absolue, et d'un énorme chef d'oeuvre. Tago Mago est sorti en 1971, c'est le troisième disque de Can, groupe de krautrock (rock expérimento-progressif Allemand) mené essentiellement par le batteur Jack Liebezeit. Ce disque est indéniablement leur plus culte, leur plus connu, et pour cause... Déjà, quand on annonce un disque de 73 minutes en seulement... 7 titres, ça a de quoi faire peur. Bien sûr, à l'origine, le disque était double, mais est réuni aujourd'hui sur un simple CD. Dommage, car le concept du vinyle était vraiment bien imaginé: un premier disque progressif, et un second disque expérimental faisant froid dans le dos ! En fait, disons que cet album est à l'image de sa pochette: mystérieux, taré. Ecouter ça, c'est se plonger dans un cycle infernal et infini de tortures diverses, et les subir sans grand dérangement. Bref, Tago Mago est une grande expérience psychologique. Un disque... dur. Mais, passons ces phrases d'introduction pseudo-intellectuelles, voulez-vous ? Intéréssons-nous au track by track !

Le disque s'ouvre sur les sept minutes déjà malsaines, bien que ce soit probablement les sept minutes les plus accessibles du disque, de Paperhouse. La construction de ce morceau fait presque penser à du King Crimson, mais la musique est quand même différente de celle du groupe de Fripp. D'emblée, on se prépare au choc des titres suivants, avec cette production assez moyenne, où la voix de Damo Suzuki est sous-mixée. Production qui peut certes paraître dérangeante mais qui colle si bien à l'atmosphère du disque... Tago Mago avec une production hollywoodienne ne serait rien. Un titre déjà riche en émotions, et qui annonce le meilleur. Mushroom est de très loin le morceau le plus court du disque, 4 minutes seulement. Ici, la batterie de Liebezeit est reine, et Damo Suzuki sort toujours les mêmes paroles, avec une voix pour le moins morne et basse, comme s'il articulait à peine. Morceau très space, quand soudain, un bruit d'éclair violent vous coupe de votre voyage métaphysique: c'est le début de Oh Yeah, dans lequel les paroles sont enregistrées à l'envers... Musicalement, ce morceau est toujours plus sombre, et se répète bien que l'on ait jamais le temps de s'ennuyer: c'est la force de Tago Mago.

Et là, imaginez une suite entêtante de 18 minutes qui vous saute à la gueule sans prévenir. C'est l'effet Halleluwah. Dans ce morceau grandiose, tout est inoubliable, la batterie, la basse, la gratte, le chant, TOUT. Comme je l'ai déjà précisé, le morceau dure 18 minutes, mais on a l'impression qu'il en dure pas plus de 5 ou 6: impression rare, et positive, qui prouve que Halleluwah est le plus grand morceau de l'album. Ce morceau peut rebuter au début de par sa longueur, mais au final, quel pied !

A partir de maintenant, c'est de l'expérimentation à fond, je préfère prévenir le lecteur qui aurait envie de découvrir l'album. C'est vraiment dès ce moment là que le disque, déjà pas évident dans sa première partie, se complique encore plus, et fait rentrer l'auditeur dans un labyrinthe infernal, proche de la folie totale. Tout d'abord, laissez-moi vous présenter Aumgn. 17 minutes insoutenables. Morceau terrifiant se terminant par un solo de batterie long et glauque. Rien à dire, Liebezeit est l'homme parfait dans son rôle de batteur fou-furieux. Aumgn est sensé faire perdre définitivement la tête à l'auditeur, qui n'est absolument pas préparé à entendre ça. Ce morceau vous hantera à vie et vous désintègrera intérieurement peu à peu, même si vous ne l'écoutez qu'une fois. Un morceau de schizophrènes, et encore, cette appellation n'est qu'un pléonasme ! Alors que dire de Peking O, dans lequel Damo Suzuki glapit et hurle comme un malade mental, à une vitesse phénoménale: si le chant n'a pas été accéléré, le mec a dû avoir de sérieux problèmes de cordes vocales après l'enregistrement... Encore une fois, un pur moment de fêlés: mais comment peut-on avoir l'idée de composer un truc pareil ? Preuve qu'à l'époque, les mecs avaient des talents fous de compsiteurs, qui n'existent plus aujourd'hui.

Enfin, Bring Me Coffee Or Tea ferme les hostilités. Si, déjà, le morceau est bien moins agressif mentalement que Aumgn et Peking O, n'allez cependant pas croire qu'il est accessible, au contraire... Mais l'auditeur est tellement retourné qu'il subit ça sans trop s'en rendre compte... Néanmoins, ce morceau final reste saisissant.

Au final, quelle musique agréable et reposante que ce disque de Can (ça va, je déconne...) ! Tago Mago n'est clairement pas le disque à faire écouter à un suicidaire ou à un grand dépressif, mais ce disque possède une telle force absolue, qu'il est impossible de s'en détacher définitivement: ça ne s'écoute certes pas tous les jours, mais des fois, on sent qu'on en a sérieusement besoin, et un Tago Mago quelques fois... ça remet l'esprit en place !

1. Paperhouse (7.29)

2. Mushroom (4.08)

3. Oh Yeah (7.22)

4. Halleluwah (18.32)

5. Aumgn (17.37)

6. Peking O (11.35)

7. Bring Me Coffee Or Tea (6.42)