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S'attaquer à l'inattaquable. C'est là que va être le but ardu de cette chronique. Déjà, s'attaquer à Todd Rundgren, l'homme qui a réuni 67 minutes sur un simple vinyle, l'homme qui a fait un album complet entièrement avec sa voix, l'homme qui a fait un disque interactif où les gens peuvent changer les morceaux à leur guise, ce n'est pas facile. Mais alors s'attaquer à A Wizard/A True Star... On essaiera quand même, tiens. En 1972 sortait le premier cataclysme Rundgrenien (mais son troisième album solo), le double Something/Anything, chef d'oeuvre absolu faisant partie des grands objets de culte du glam/pop de l'époque. Le grand public découvrait un multi-instrumentiste de génie, compositeur hors pair, avec, cerise sur la gâteau, une voix magnifique, et un look d'extraterrestre. Rundgren pouvait difficilement faire mieux que les 25 titres mémorables de son double... Et pourtant, il fera mieux. Dès l'année d'après sort le disque définitif de Toddy-O. Pas dans le sens 'dernier album', le mec en ayant fait une bonne vingtaine (et encore, je ne compte que ses oeuvres solo !), mais dans le sens 'chef d'oeuvre absolu de tous les chefs d'oeuvre absolus'. A Wizard/A True Star, album complètement barge, et mythique. Comment pourrait-on résumer ce disque ? Disons que le contenu est semblable au contenant: dingue, mais d'une beauté terrassante, toujours sensible, sur le fil. L'album est simple, et reste quand même d'une durée effarante pour un vinyle: 56 minutes. On en est pas encore aux 67 minutes de Initiation (1975, le disque vinyle le plus long jamais enregistré), mais tout de même, 56 minutes sur une seule galette, ça mérite le respect. D'ailleurs, il était indiqué dans les notes de pochette que le son était assez faiblard, et qu'il était conseillé d'enregistrer dès la première écoute l'album sur cassette, histoire de ne pas trop niquer les sillons, déjà bien serrés.

Passons au skeud en lui-même, et ça ne va pas être chose facile. 12 titres, rien que ça, sur la face A, A Wizard, et le reste forme A True Star. La première partie est la plus zarb' et la plus complexe des deux. Et comme c'est la première partie, on va commencer par celle-là (pas con, le mec !). Elle s'ouvre sur les bruits d'OVNIS de l'intro de International Feel. Dès lors, l'auditeur est embarqué dans un déluge de claviers venant d'une autre planète, d'effets sonores hallucinatoires. Deux premières minutes bien tarées, et encore, ce n'est que le début du disque. Mais déjà, on requiert des mélodies absolument magnifiques, chose qui se confirme sur Never Never Land, une pure beauté d'après Peter Pan. Le piano est juste magistral, on a affaire à un vrai mélodiste. Un pur moment de bonheur, trop court. D'ailleurs, cette piste est également le début d'une sorte de medley de chansons très courtes, toutes dans les 1 minute, et qui s'étend de la piste 2 à la 7. Tic Tic Tic It Wears Off est un instrumental complètement taré. Le trip est bien présent et ne fait que commencer. Et on passe en une fraction de seconde au hard-rock de You Need Your Head, morceau agressif, métal avant l'heure, se terminant par un solo qui donne le ton pour Rock'n Roll Pussy, dont les paroles parlent de John et Yoko. Asbolument marteau. Mais le pire est probablement Dogfight Giggle, une minute de cris et jappements de différents cabots. Ouf. Cela déboule sur le dernier de cette série de courts morceaux, You Don't Have To Camp Around, une ballade légère, de toute beauté.

On passe à des titres plus aboutis, plus longs. Déjà, l'instrumental Flamingo. Magistral. Une atmosphère planante, frissonnante. L'auditeur est au paradis et n'est pas au bout de ses rêves: l'orgasme vivant de cet album, c'est bel et bien les 5'30 de Zen Archer. Et alors là, je ne vois pas quoi dire... C'est la beauté faite musicale. Dans les couplets, un accordéon omniprésent, mais pas dérangeant cependant, orne la voix de Rundgren, qui, dans les refrains, attaque son pic absolu, son sommet total. Rien que sa voix ferait chialer un sergent, et alors que dire de la musique céleste, que dis-je, divine, qui l'accompagne... Enfin, les bridges chantés, totalement planant, emportent ailleurs: du pur génie musical, de long en large, et on n'en revient toujours pas, après plusieurs écoutes. Je connais le morceau par coeur, mais à chaque fois c'est une claque. Les arrangements, ce saxo de toute beauté, et la voix de Todd, putain, la voix de Todd ! Enfin bref, je parle sûrement mal de cette chanson, il faut l'écouter par soi-même. Un des deux grands sommets de l'album, l'autre arrive plus bas. A peine sommes-nous remis de nos émotions que débarque Just Another Onionhead/Da Da Dali, aussi dingue que son titre. Encore une fois purement magnifique, un instant de bonheur pour les oreilles. When The Shit Hits The Fan/Sunset Blvd, sans être l'un des titres les plus marquants du skeud, s'en tire bien, tandis que Le Feel Internationale est la reprise de International Feel, histoire de refermer la première face de l'album.

A Wizard est bien gratiné, que donne A True Star ? C'est le moment 'retour sur Terre' et ça se ressent. Ici, on est déjà plus en territoire normal, quoique... L'ouverture de cette face B est l'un de mes morceaux préférés au monde. C'est même un de mes 5 grands morceaux préférés, et je n'abuse pas. Il s'agit de Sometimes I Don't Know What To Feel, une merveille pop. Je n'ose même pas parler de ce monument... Je ne trouve pas les mots, tout est sublimissime là-dessus... je... je ne sais pas quoi dire. C'est le titre parfait, depuis le piano de l'intro que je pourrais me passer 10 000 fois de suite sans m'en lasser, jusqu'au envolées planantes du refrain. Cette chanson est la beauté même, je ne vous souhaiterais que trop de l'écouter. Et je vous envie, vous qui l'écouterez pour la première fois peut-être ! Autre question existentielle que Rundgren se pose, Does Anybody Love You... Titre très court, mais une petite perle ! Et enfin, Todd nous sort la grosse artillerie. Un medley de 10 minutes, composé de quatre reprises soul: I'm So Proud/Ooh Baby Baby/La La Means I Love You/Cool Jerk. Si les trois premières sont résoluement calmes, reposantes, la dernière est complètement funky, énergique. Ma préférence va quand même à la troisième partie, superbe, mais les trois autres le sont également. Un grand moment. Hungry For Love est un délire à la Zappa, mais néanmoins un des tout meilleurs titres du disque ! Un de mes préférés, en tous cas !

I Don't Want To Tie You Down est courte mais sublimissime, je retiens surtout son intro bénie des dieux, entièrement au piano, d'un niveau de beauté harassant. Is It My Name, par contre, est totalement glam-rock, à la Bowie des grands jours. Voire même punk-rock avant l'heure, ce titre ! Se terminant dans uen véritable cacophonie, on en redemande ! Enfin, le final du skeud est Just One Victory, un petit classique de Todd, peut-être un peu daté, mais magnifique quand même.

Dans l'ensemble, difficile de parler de ce monstre absolu. 19 titres tous aussi sublimes les uns que les autres, pour un condensé de ce que l'on peut faire de mieux dans le monde de la pop, un condensé du meilleur absolu de Todd Rundgren. Ce gars est un génie. Il n'y a pas d'autre mot. Et cet album, un des 10 que j'emporterais qur une île déserte, à coup sûr, est un triomphe monumental. Un de mes albums de chevet, un disque mythique, éternel, qui continue d'emporter loin. Un pur joyau.

1. International Feel (2.49)

2. Never Never Land (1.35)

3. Tic Tic Tic It Wears Off (1.14)

4. You Need Your Head (1.02)

5. Rock'n Roll Pussy (1.08)

6. Dogfight Giggle (1.05)

7. You Don't Have To Camp Around (1.03)

8. Flamingo (2.35)

9. Zen Archer (5.34)

10. Just Another Onionhead/Da Da Dali (2.28)

11. When The Shit Hits The Fan/Sunset Blvd (4.04)

12. Le Feel Internationale (1.47)

13. Sometimes I Don't Know What To Feel (4.17)

14. Does Anybody Love You (1.37)

15. I'm So Proud/Ooh Baby Baby/La La Means I Love You/Cool Jerk (10.35)

16. Hungry For Love (2.18)

17. I Don't Want To Tie You Down (1.56)

18. Is It My Name (4.05)

19. Just One Victory (5.00)