The_Stooges_-_1970_Fun_House_(Front)

Rien qu'à la pochette, on sait que cet album est une claque. Qu'il l'était à sa sortie, en 1970, et qu'il l'est toujours autant 40 ans après. 36 minutes de furie noire, c'est ce qu'est Fun House, deuxième album des Stooges. Groupe culte s'il en est, sorte de The Doors x100, précurseur du punk-rock et du heavy metal, composé d'un jeune fou-furieux à tête d'iguane, nommé Iggy Pop... ainsi que de Dave Alexander, et des frères Ron et Scott Asheton. Découvert par le génial John Cale, qui venait alors de quitter le Velvet Underground, le groupe avait déjà eu un fier impact avec leur premier album, de 1969, produit par Cale et qui contenait moult furies garage rock qui deviendraient des classiques absolus et instantanés, I Wanna Be Your Dog en tête... Toutefois, le premier disque des Stooges, produit avec les pieds malgré Cale, contenait aussi, pour un nombre maximum de classiques, quelques chansons mineures, anodines. Un an plus tard, les Stooges reviennent avec une production en béton, sans le moindre doute la meilleure parmi leurs trois albums. Ils jouent de la pure bombe, de la violence musicale pure et gratuite. Pour la première fois depuis longtemps, un disque sort, qui va déraciner les oreilles des auditeurs. Qui va faire exploser les platines. Fun House est là et révolutionne le rock. Avec ce disque, les Stooges parviennent à rendre le hard rock, alors en pleine expansion, ringard: eux, ils vont beaucoup plus loin, et le prouvent avec un bordel sonore incroyable, un trip rare et précieux mais bien crade. 7 titres, 36 minutes, et un putain d'album de rock'n roll, qui dépote sévère et paraît encore violent aujourd'hui, comme s'il était sorti hier.

Dès les premières secondes, on sait qu'on va avoir affaire à une claque sans précédent. Avec un riff des plus saignants qui soient. Iron Maiden et Metallica sont là avant l'heure, tenez-vous bien, ceci est Down On The Street. Iggy donne l'ambiance, hurle comme un damné. Pour le reste, c'est aux bons soins de la gratte. Une chanson qui pourrait bien figurer dans le classement des meilleurs riffs de l'histoire du rock, des meilleures ouvertures d'albums, aussi. C'est du sauvage, c'est du crade, c'est du sans concession, les Stooges n'ont jamais sonné aussi réels. Classique instantané, Down On The Street est fabuleuse, et un des sommets absolus du groupe. On sent le rock réincarné, on sent que Fun House est une pure révolution. Loose est dans la même veine. C'est la chanson la plus courte de l'album, mais pas la moins bonne pour autant... Que dire ? C'est exactement la même chose que Down On The Street: un classique absolu dès la première écoute, doté d'un refrain immense où Iggy fait des merveilles, d'un riff monstrueux et de grattes imparables. La machine Fun House est lancée, elle est bien chaude, et c'est une machine fiable.

Dur de passer après une telle ouverture d'album. Pourtant, T.V Eye relève le pari. Bon, qu'on se le dise, cette chanson n'est pas aussi grandiose que les deux premières. En même temps, difficile de passer après de tels monstres. Mais T.V Eye montre un Iggy en grande forme, et est une chanson, quelque part, assez oppressante. Dave, Ron et Scott mettent le paquet niveau musical. T.V Eye est une furie bourrine bien assumée et qui fonctionne. Un classique, aussi. Après, de là à dire que c'est la meilleure chanson de l'album... Pour vous dire, malgré Down On The Street, on n'y est pas encore arrivés, au sommet de Fun House ! La face A se terminait sur Dirt. Le cas Dirt. Pour l'unique fois dans ce disque de malades, c'est l'occasion pour les Stooges de prouver qu'ils ne sont pas qu'un groupe de bourrins talentueux qui ont laissé le cerveau dans les coulisses avant de monter sur scène. Ici, le groupe d'Iggy balance la grosse marchandise... à l'aide d'un blues. Et alors, d'un putain de morceau de blues. 7 minutes délectables... à l'image de cette géniale ligne de basse qui nous accompagnera tout le temps que Dirt dure. Au niveau des paroles, c'est une chanson sur un nullard intégral, mais qui n'en a rien à foutre. On peut affirmer rien qu'à la phrase qui revient tout le temps, cette phrase emblématique: I feel dirt but I don't caaaaaaaare ! Comme toujours, la gratte est magnifique d'agressivité, et Dirt est un morceau où règne une espèce de violence latente assez dérangeante. Ca serait presque l'intrus de l'album, car c'est clairement l'unique morceau qui ne soit pas une furie monstrueuse et sanglante. Malgré ça, il remplit sa tache et est à nouveau un pur sommet. Une fois qu'on a entendu ça, on n'a plus qu'une seule envie: retourner la chose noire. En route pour la face B !

Et là, grands dieux... Le sommet absolu de l'album est ici, c'est 1970, point barre. Alors là, je ne vois pas quoi dire. 1970 est une évidente réponse de par son titre au 1969 de l'album précédent. Qu'on se le dise, c'est probablement le morceau le plus agressif de Fun House. Et aussi le plus merveilleux, le plus fantastique, le plus inoubliable. Total précurseur du punk-rock, aussi. Iggy est survolté, braille comme un damné des I feel alriiiiiiight terrifiants durant toute la longueur du morceau. Musicalement, c'est Byzance transformée en paradis hard-rock. Bref, les mots me manquent pour définir cette claque sonore insensée, qui demeure probablement le plus grand morceau des Stooges (en tous cas, mon préféré absolu) et un des plus grands morceaux de l'histoire du hard-rock. Monumental. Iggy continue de hurler I feel alright sur le morceau suivant, Fun House. L'éponyme, et le plus long de l'album, avec quasiment 8 minutes au compteur. Ici, un saxophone imposant se fait entendre (il est également présent sur 1970, mais dans une bien moindre mesure), et l'ensemble sonne presque... hard-jazz. L'Iguane se fait l'égal d'un interné, d'un grave psychopathe mental, et a de quoi réveiller un sourd qui dort sous somnifères de l'extrême. Cette Fun House est plus une slaughter house (abattoir...) qu'autre chose. On est plongé dans un fantastique trip dont on ne ressort pas indemne, et on a la preuve que la face B est bien plus trash et carton que la A, qui était déjà bien gratinée. Encore un morceau énorme. Un sixième. Dans lequel on ne voit pas le temps passer... Enfin, place à L.A Blues. Aaaaah... Le cas de l'absolu qu'est L.A Blues. Une torture pour tympans. Clairement, cet instrumental n'a pas d'autre ambition que de foutre en l'air les oreilles de l'auditeur.

Et ça marche.

En quoi consiste L.A Blues ? Un bordel fou furieux, complètement défoncé. Pas de rythmique, pas de riffs, absolument rien si ce n'est du bruit fait avec des instruments. On ne va pas se mentir: L.A Blues reste le morceau le plus faible de l'album, mais il possède un certain charme qui empêche l'auditeur de le zapper. Tout le potentiel Stooges est là, et la violence encaissée avec Fun House se révèle au grand jour dans ce bordel que certains trouveront interminable, mais qui est indéniablement une fin complètement zarb et appropriée pour l'album. Voilà ce qu'est Fun House. Un chef d'oeuvre absolu et taré, pendant 36 minutes clairement couillues... Le groupe est à sa meilleure forme et signe un des plus grands albums de hard-rock et de proto-punk qui soient. Une oeuvre aussi frappadingue et étrange que sa pochette, qui envoie tout chier en beauté, y compris le rock tant adulé de l'époque. Ici, c'est du rock nouveau, c'est du motherfuckin' rock'n roll révolutionnaire, qui aurait pu sortir hier qu'on s'en serait pas rendu compte. Et que c'est bon ! I feel alriiiiiiiiiiiiiight !

1. Down On The Street (3.42)

2. Loose (3.33)

3. T.V Eye (4.17)

4. Dirt (7.00)

5. 1970 (5.15)

6. Fun House (7.44)

7. L.A Blues (4.58)