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Aaaaah, Physical Graffiti.

Le cas Physical Graffiti.

Sorti en 1975, voici le sixième album studio de Led Zeppelin, et aussi leur ante-pénultième, j'ai nommé, comme vous vous en doutez, Physical Graffiti. Avec sa pochette montrant les mêmes immeubles qui serviront six ans plus tard dans le clip de Waiting On A Friend des Rolling Stones, Physical Graffiti est l'unique double album studio du groupe de Jimmy Page, et aussi, vraiment, un cas particulier. En 1974, le groupe, au sommet de sa gloire, est fatigué, sort d'une immense tournée qui sera retranscrite par le film The Song Remains The Same. Mais, pas de répit, un groupe qui a offert cinq chefs d'oeuvre absolus au monde du rock en quatre ans d'existence ne doit pas se reposer. Et il faut à nouveau plancher sur un disque futur. Ce qui nécessite l'écriture et l'enregistrement de nouvelles chansons. Et ces chansons, il faut qu'elles aient de la gueule, il faut que ça plaise au monde entier, que ça rapporte des sous, un triomphe, des sous, des number ones, des sous, l'envie de faire un nouvel album ensuite, et des sous. Alors notre dirigeable exténué va être piqué par une aiguille mêlant flemmardise et idée de génie qui pourrait passer inaperçue. Cette idée fainéante, c'est de faire un disque composé d'une moitié de nouvelles chansons, et d'une moitié de fonds de tiroir. Ainsi naquit Physical Graffiti. A sa sortie, le disque niquera tout pour Led Zep: et que je me classe N°1, et que je te remplis cinq Earls Court d'affilée, et que je te vends 16 millions d'exemplaires... Problème: cet album est bien moins fort que les cinq précédents albums du groupe, les grandioses Led Zeppelin, II, III, IV et Houses Of The Holy. Il est également bien moins fort que l'album suivant du groupe, le grandiose (même si pas exempt de défauts) Presence. Et pourtant, il va être bien plus intéressant à chroniquer que tous les autres albums cités. Pourquoi ? Parce qu'il y a absolument de tout, dans ce double blanc Zeppelinien. Les 15 titres (pour pas loin d'1h30 de musique) de Physical Graffiti offrent à la fois de l'immense, du très bon, du médiocre, et du très mauvais. Bref, Physical Graffiti est un album inégal.

Un album, comme on a pu le voir, fainéant, aussi. Et pourquoi double, d'abord ? Ca aussi, on se le demande: parce que si l'on n'avait retenu que 45 minutes des 82 que le disque dure, on aurait peut-être eu l'incontestable chef d'oeuvre de Led Zeppelin. Et merde. Commençons par le début, c'est-à-dire par le premier disque. Une première partie de 39 minutes, pour six titres... Et indéniablement la meilleure. Tout s'ouvre sur Custard Pie. Dès les premières secondes, on a bien l'impression que l'on a retrouvé le Led Zep des débuts. En effet, dans l'épisode précédent, c'est-à-dire Houses Of The Holy de 1973, le groupe avait totalement changé d'optique, voulant se défaire de son étiquette "hard rock" (qui, de toute façon, ne convient pas du tout à Led Zeppelin, quand on s'y penche de plus près). Mais Custard Pie est, et c'est incontestable, une chanson qui ramène à la base, à l'époque de Led Zeppelin II, l'album le plus agressif et sauvage du groupe. Après, une fois que l'on a dit ça, pas de quoi sauter au plafond en ce qui concerne Custard Pie. C'est un très bon titre, évidemment, avec un superbe riff, et qui fait une parfaite ouverture, mais on a connu mieux en la matière, chez Led Zep. The Rover, par contre, est le premier morceau de l'album que l'on peut qualifier d'immense. Là, par contre, c'est clairement le paradis, même si pas la meilleure chanson du disque. Mais ici, on est face à un titre qui aurait pu se trouver sans honte sur le II ou le IV. Rythmique parfaite, Jimmy Page en état de grâce, Plant à la voix légèrement éraillée... The Rover est un classique instantané.

Pour l'instant, le bilan est plutôt bon: un titre d'ouverture tout à fait correct à défaut de briser les vitres, et un autre qui remet les burnes en place. Malheureusement, tout va être plombé. Plombé, à cause des 11 minutes qui complètent la face A. Le plus long morceau de toute l'histoire de Led Zeppelin, j'ai nommé In My Time Of Dying. Et pour être franc, au moment de ma mort, je n'ai pas envie qu'on me passe ça. Alors, ce n'est pas horrible, on n'est pas non plus dans Boogie With Stu... Mais, mon Dieu, qu'est-ce que c'est long !! Le fan Zeppelinien que je suis peut vraiment se faire suer, sur le coup. Le morceau est absolument interminable, et en plus, c'est fouillis. En fait, on peut se demander l'interêt de In My Time Of Dying. A part remplir un trou dans l'album. Bref, pas grand chose à retenir de ce truc 'too much' et assez chiant. On passera également sur le médiocre Houses Of The Holy qui suit. Chanson qui, comme son nom l'indique, devait se trouver sur le précédent cru du groupe, mais qui, à part son titre, ne sera pas retenue. Et tant mieux.

Tout de suite, le bilan se casse un peu la gueule. Mais pas de panique. Car voilà qu'arrivent, côte à côte, les deux sommets absolus de Physical Graffiti. Là, on s'attaque à du très lourd, à deux des plus grands moments de l'histoire Zeppelinienne, deux des... disons... 20 plus grandes chansons du groupe, sans hésitation ! Et la première, c'est Trampled Under Foot. Et alors là, déjà, les mots me manquent. 5'30 de pure féérie. On sait que le Zeppelin a toujours été attiré par la musique funk. Ca se ressentait déjà avec The Crunge sur Houses Of The Holy: une chanson honnête, pas exceptionnelle mais qui délivrait tout de même la marchandise. Peu importe, le Zeppelin n'était pas encore au top pour faire du funk. Mais ici... Putain, ici... Trampled Under Foot est une sorte de hard-funk démembré totalement magistral. Une tuerie qui déchire en sept morceaux le slip kangourou de la mère du voisin, qui a 55 ans, collectionne les balais à chiottes, et mange des nachos au fromage fondu en regardant des vieilles VHS enregistrées de La Ferme Célébrités. Je ne vois vraiment pas quoi dire d'autre que ces conneries, tellement Trampled Under Foot doit être écoutée.

Et le deuxième moment imparable, probablement encore plus fort que Trampled Under Foot, c'est Kashmir. Et là encore, que dire ?? Dans le sens où cette chanson est l'une des trois plus connues et emblématiques de Plant, Page, Jones et Bonham avec Whole Lotta Love et Stairway To Heaven ? Kashmir, qui sera massacrée 20 ans plus tard par je ne sais quel rappeur (Puff Daddy, je crois... et en même temps, je m'en contrebranle), est un tube interplanétaire. Sérieusement, qui sur Terre ne connaît pas ces cordes angoissantes et faussement orientales, propulsées par une rythmique grandiose ? Kashmir se rapproche de la perfection totale, fait sans le moindre doute partie des 5 plus grands morceaux de Led Zep avec Since I've Been Loving You, Achilles Last Stand, When The Levee Breaks et l'inénarrable Stairway To Heaven. Kashmir, c'est ça, c'est une claque totale dans la gueule avec Plant en état de grâce, et une section Jones/Bonham qui aura rarement été aussi efficace. Un pur monument refermant le disque 1 de Physical Graffiti.

Le disque 2, lui, contient 9 chansons, pour 43 minutes. Et là, il va falloir trier, parce que c'est un tel foutoir entre le bon et le mauvais, qu'on ne sait plus qui est quoi. Par chance, ça s'ouvre avec un morceau monumental, que certains trouveront trop long (presque 9 minutes...), mais pas moi. Ici, le Zeppelin choisit des sonorités indiennes, et c'est ce qui donne In The Light. Encore une fois, on est face à un grand chef d'oeuvre de l'album. Un morceau fleuve et pourtant très méconnu, qui navigue entre l'inquiétant et le territoire protégé, et donne au final un trip assez remarquable, et rare, pour du Led Zeppelin. Autant In My Time Of Dying pulvérise le record de longueur pour une chanson studio du groupe, autant pour Bron-Yr-Aur, c'est l'inverse. Cet instrumental de la part de Jimmy Page est, avec ses deux minutes tout rond, le morceau le plus court de Led Zep. Bron-Yr-Aur, ça rappelle quelque chose... Ca rappelle la sublime tentative country Bron-Yr-Aur Stomp, présente sur le troisième album du groupe. Et justement, ce Bron-Yr-Aur (nom venant d'un cottage anglais, si je ne m'abuse) date de la même époque. Et c'est une sublime partition de gratte acoustique, beaucoup trop courte. Une sorte d'intermède que l'on peut entendre dans le film The Song Remains The Same (quand le groupe arrive à New York). Superbe.

Bon, et bien, il faut avouer que depuis Trampled Under Foot, on ne s'est pas trompé sur la marchandise ! Malheureusement, ça ne va pas durer, la chanson suivante se rapprochant assez du désastre. Je veux parler de Down By The Seaside. Et là, Led Zep fait de la pop. Vous avez bien entendu. Down By The Seaside pourrait aller à Steely Dan. Mais qu'est-ce qui a donné à Page l'envie de faire ça ? C'est joli, mais c'est quand même totalement foiré... Pas la catastrophe absolue de l'album (ça ne va pas tarder...), mais quand même une grosse déception. Retour aux sources avec le génial Ten Years Gone. Et ça, ça fait du bien. Sans doute le dernier morceau ici que l'on peut qualifier d'immense. Ca ne tape pas dans le Zeppelin habituel, c'est un peu plus calme, mais tout aussi bon. Et absolument sublime, aussi. Ce qui est assez horripilant, c'est que, juste après ces six minutes de bonheur, on repart dans le néant, avec Night Flight. Un morceau, comme Houses Of The Holy, assez anodin, anecdotique. Il ne se passe rien dedans, et on s'emmerde vite. The Wanton Song s'en tire déjà bien mieux. Pas grandiose, mais tout de même efficace. Assez bourrin, ce titre, même, un bon vieux hard rock digne des premiers albums. Pas grand chose d'autre à dire dessus à part que ça fait du bien par où ça passe !

And now, ladies and gentlemen... Je vous avais promis LA catastrophe, la voilà. Boogie With Stu. Rien que le nom est con. Sorte de boogie-blues (au moins, le titre ne ment pas !) enregistré avec Ian Stewart au piano. Ian Stewart, le légendaire sixième Stones. Celui qui n'a jamais fait partie officiellement du groupe de Mick Jagger, mais toujours officieusement. Et qui a apporté ses claviers à des morceaux Stonesiens qui ne sont rien sans piano, tels que She's A Rainbow. Mais là, le voilà qui bosse avec le Zeppelin. Et franchement, cette chose, même dans le plus piètre disque de démos et d'inédits qui soit, n'aurait JAMAIS du sortir. Mon Dieu, c'est tout simplement... atroce, horrible. Du niveau de Candy Store Rock sur Presence, de Hot Dog sur In Through The Out Door, bref, des pires merdes de Led Zeppelin. Je ne veux même pas décrire le morceau, j'ai d'autres choses à foutre. Allez, assez parlé de ça.

Et le pire dans toute cette histoire, c'est que le Black Country Woman qui suit n'est guère mieux, ou alors à peine. Là non plus, pas envie d'en parler. Merde alors, Led Zeppelin voulait absolument foirer sa face D ou quoi ? Bon, remettons-nous d'aplomb avec le dernier titre, celui qui clôt. Sick Again est la chanson qui s'en tire le mieux, sur la face D. Mieux encore que The Wanton Song. Là, heureusement, on est dans de l'excellent, avec un superbe riff de Page, qui prouve qu'il n'a rien perdu (ouf ! c'était limite...). Physical Graffiti se termine comme il a commencé: avec une chanson qui, sans être grandiose, demeure d'un très bon niveau.

Bilan final: 5 morceaux immenses (The Rover, Trampled Under Foot, Kashmir, In The Light, Ten Years Gone), 4 très bons (Custard Pie, Bron-Yr-Aur, The Wanton Song et Sick Again), 4 médiocres (In My Time Of Dying, Houses Of The Holy, Down By The Seaside et Night Flight) et 2 nuls à chier (Boogie With Stu et Black Country Woman). Physical Graffiti, pour Led Zep, marque indéniablement le début de la fin. En six albums, c'est le premier à comporter de véritables signes de perte de vitalité. Des signes qui se retrouveront sur les deux derniers albums de la bande, Presence et In Through The Out Door. Mais, malgré son inégalité, Physical Graffiti demeure un véritable objet de culte, et un album qui, 35 ans après, continue de faire le débat, entre admiration et dénigration. On est vraiment en droit de se situer entre les deux, mais, parce que c'est Led Zeppelin, le premier l'emporte, inévitablement !

CD 1

1. Custard Pie (4.13)

2. The Rover (5.37)

3. In My Time Of Dying (11.05)

4. Houses Of The Holy (4.15)

5. Trampled Under Foot (5.34)

6. Kashmir (8.29)

CD 2

1. In The Light (8.48)

2. Bron-Yr-Aur (2.03)

3. Down By The Seaside (5.17)

4. Ten Years Gone (6.32)

5. Night Flight (3.36)

6. The Wanton Song (4.08)

7. Boogie With Stu (3.53)

8. Black Country Woman (4.24)

9. Sick Again (4.42)