42761947_p

73 minutes. Oui, 73 minutes de musique. A l'époque, c'était impensable. En effet, en 1966, le grand public ne sait pas encore ce qu'est un double album. Mais il se trouve que deux artistes travaillent en même temps sur un pareil projet: Frank Zappa et son groupe pour leur premier album Freak Out, et Bob Dylan, pour l'album que nous allons évoquer maintenant. Le disque de Zappa aurait du sortir avant celui de Dylan, mais sa sortie a été retardée, donc, c'est officiellement au barde que l'on doit le premier double album de l'histoire de la musique. Blonde On Blonde est le dernier volet d'une fameuse trilogie Dylanienne, la thin wild mercury sound trilogy, selon les propres propos de Dylan. Trilogie qui, en plus de comporter ce disque monumental, propose également les non-moins grandioses et cultes Bringing It All Back Home et Highway 61 Revisited. Mais, dans l'ensemble, si ces deux disques sont superbes, si des disques comme The Freewheelin' Bob Dylan, Blood On The Tracks et Desire sont superbes, aucun n'atteindra jamais malgré tout le sommet inaltérable de Blonde On Blonde. On a beau dire, ça reste de loin son meilleur disque. 73 minutes anthologiques, un condensé de ce que Dylan savait faire de mieux.

C'est Rainy Day Women n°12 And 35 qui ouvre les hostilités. Dès ce morceau, vlan, Dylan déclare que tout le monde doit être défoncé, le tout sur des airs d'orchestre Nouvelle-Orléans. Quel morceau d'ouverture, quel classique ! Un morceau qui nous permet de bien nous lancer dans le disque. Si l'harmonica du barde dans Pledging My Time peut saouler un peu, la chanson en elle-même reste imparable, et prépare l'auditeur au long Visions Of Johanna, ballade posée mais on-ne-peut-plus grandiose, comme Bob Dylan savait si bien les faire (et sait toujours si bien les faire). Un grand moment du disque, mais qui, pourtant, n'est rien face à One Of Us Must Know (Sooner Or Later). Aah, celui-là. Un des meilleurs morceaux de Dylan, sans exagérer le moins du monde, et le sommet de l'album avec Stuck Inside Of Mobile With The Memphis Blues Again et Sad Eyed Lady Of The Lowlands. Une merveille absolue, inlassable et envoûtante de bout en bout.

La face B s'ouvre sur le tube I Want You. Quand je dis 'tube', je m'entends: ce n'est pas un morceau de Dylan qu'on entend encore de nos jours à la radio, mais à l'époque, ça a cartonné ! Pourant, I Want You n'est pas un sommet de Blonde On Blonde. Ca serait même un morceau un peu mineur. Après, ce n'est pas nul, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, hum !? On revient avec une chanson véritablement majestueuse. Oui, je ne vois pas quoi dire d'autre à propos de Stuck Inside Of Mobile With The Memphis Blues Again, le morceau parfait par excellence. On ne voit pas le temps passer à travers ces 7 minutes sincèrement immenses, et durant lesquelles on a jamais le temps de s'ennuyer. Un très grand moment, un pur bijou. Dans le bluesy Leopard Skin Pill-Box Hat, on dirait bien que Bob Dylan se lâche, avec cette histoire farfelue de gonzesse portant un chapeau ridicule. Assez fendard, comme morceau ! Enfin, la face B a commencé par un classique, et elle se finit par un autre classique, qui reste encore à ce jour un des morceaux majeurs de la légende Dylanienne: Just Like A Woman. Je ferais n'importe quoi pour avoir l'opportunité d'écrire une ballade aussi belle, et qui prouve que Dylan était véritablement le maître en ce genre. Just Like A Woman est encore une fois un pur chef d'oeuvre musical.

La face C est celle que j'aime le moins. Elle est un peu banale, mais reste excellente quand même. Preuve en est avec Most Likely You Go Your Way And I'll Go Mine, chanson assez énergique quoiqu'il en soit. On regrette qu'elle soit trop courte. On ne crachera pas non plus sur Temporary Like Achilles, une petite perle véritablement convaincante pour ce qu'elle est. Absolutely Sweet Marie et 4th Time Around calment le jeu, et sont deux chansons relativement plaisantes à entendre. Enfin, la face se termine par le plus énergique Obviously 5 Believers, qui prépare à la claque que l'on va se prendre juste après, bien qu'étant très différente.

La claque, c'est Sad Eyed Lady Of The Lowlands. Chanson fleuve de 11 minutes couvrant toute la face D du disque (donc, une face relativement courte), elle a été écrite pour Sara Lownds, avec qui Dylan se mariera quelques temps après, avant de divorcer en pleines 70's (il sera vraiment méchant avec elle sur Idiot Wind dans Blood On The Tracks, puis regrettera avec Sara sur Desire). Morceau langoureux et envoûtant, Sad Eyed Lady Of The Lowlands est un morceau mythique, un peu répétitif sans jamais tomber dans le chiant. Un morceau grandiose, la claque finale du disque, l'auditeur en ressort tout retourné.

Bref, inutile d'en dire plus sur chef d'oeuvre qui devrait même ravir certians détracteurs de Dylan. 14 chefs d'oeuvre absolus, comme on ne sait plus en faire aujourd'hui, pour un disque intemporel et quintessentiel, qui n'a pas pris une ride. Le sommet de Dylan, et la preuve musicale que le barde s'est définitivement imposé, avec bien sûr les Beatles, comme l'artiste le plus marquant de sa décennie.

1. Rainy Day Women n°12 And 35 (4.37)

2. Pledging My Time (3.47)

3. Visions Of Johanna (7.29)

4. One Of Us Must Know (Sooner Or Later) (4.56)

5. I Want You (3.05)

6. Stuck Inside Of Mobile With The Memphis Blues Again (7.05)

7. Leopard Skin Pill-Box Hat (3.38)

8. Just Like A Woman (4.51)

9. Most Likely You Go Your Way And I'll Go Mine (3.21)

10. Temporary Like Achilles (5.00)

11. Absolutely Sweet Marie (4.53)

12. 4th Time Around (4.35)

13. Obviously 5 Believers (3.35)

14. Sad Eyed Lady Of The Lowlands (11.20)