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BLOGNROCK A TROIS ANS !!!

Déjà... Il me fallait une chronique digne de nom pour fêter ça. J'ai longtemps cherché ce que je pourrais faire. Et finalement j'ai trouvé. Au début, je voulais m'attaquer à la trilogie métallique de King Crimson, qui regroupe trois albums parus entre 1973 et 1974. Mais je me suis aperçu que je ne pourrais pas: si Larks' Tongues In Aspic et Red pourraient fusionner en un seul article, Starless And Bible Black, lui, ne peut pas, c'est indéniable. Pourquoi ? Bah, soyons clairs: cet album est le plus gros choc auditif que je connaisse. On ne peut pas le mêler à un autre album, tellement il est puissant. Bon, comme d'habitude, un peu d'histoire. Starless And Bible Black est le sixième album de King Crimson, et le deuxième de leur trilogie métallique. Alors, forcément, "métallique" est un grand mot. Ces trois albums ne sont pas métal, ils restent progressifs, mais ont un côté dévastateur, violent. Starless And Bible Black est l'incarnation totale de cette époque Crimsonienne. Il est aussi le sommet absolu du groupe. Précisons le line-up (qui changeait souvent à l'époque) pour cet album: il y a évidemment Robert Fripp à la guitare et aux claviers, ainsi que John Wetton au chant et à la basse, David Cross au violon et à la guitare, et l'immense Bill Bruford à la batterie. Je vais être clair, cet album regroupant titres enregistrés en studio et improvisations live auxquelles on a enlevé les applaudissements, ne s'écoute pas pour le plaisir. Ca, non... Ce disque est une torture psychologique pour l'auditeur, et il va être difficile d'en parler. La première fois que j'ai écouté ce chef d'oeuvre, j'ai adoré Fracture, mais je n'ai pas du tout aimé le reste. Ce n'est qu'à la deuxième écoute que la claque monumentale dans la gueule est arrivée. Après cette deuxième écoute, je n'avais plus vraiment envie d'écouter l'album. Pas parce qu'il ne me plaisait pas, mais parce que c'est une véritable épreuve morale. Starless And Bible Black, c'est 46 minutes en enfer pour l'auditeur qui n'en demandait pas tant... Pire que ça, en fait: l'album est une descente aux enfers de 46 minutes, où chaque titre est plus dévastateur, sombre, suicidaire, que le précédent. Je vais essayer d'aborder chaque morceau sans devenir fou, je vais essayer. Mais ce n'est pas gagné...

L'album démarre par deux titres enregistrés en studio. Pour le classique The Great Deceiver, on peut vraiment parler de métal progressif. C'est speedé, sans faille. Fripp écorche sa gratte, ne la manie comme personne. Bruford prouve qu'il est un batteur remarquable. On s'aperçoit également que Wetton est plus à l'aise niveau voix qui ne l'était sur le précédent disque (où il chantait un peu faux parfois). The Great Deceiver promet un très grand album, fait preuve d'une énergie monumentale est chargé en tension électrique... Les nerfs de l'auditeur vont sauter dans 40 minutes, et ce titre les prépare déjà bien. Signalons que le morceau se finit très brutalement, en plein phrasé de guitare, pour laisser place au début très apaisé de Lament. Sur le début, Wetton chante très calmement, l'ambiance est posée. Mais ce n'est que la première minute. Dès que Bruford touche à ses percus, c'est parti, et tout devient très glauque, pesant. Un orage s'abat sur le champ ensoleillé. Le coeur de l'auditeur, déjà sonné par le premier titre, commence à vaciller. Et ce n'est, qu'on se le dise, que les premières minutes de l'album.

We'll Let You Know est une impro live, à laquelle, comme je le disais au début, on a coupé les applaudissements pour ne garder que la musique. C'est donc un instrumental. Un crescendo palpitant, sans pitié, qui ne fait qu'augmenter le niveau glauque de l'album. Encore une fois, une fin extrêmement brutale, en plein milieu de l'impro, qui donne une sensation de 'pas fini'. Mais n'allez pas croire ça, King Crimson ne fait pas les choses à moitié et le prouve. Le titre suivant est une merveille absolue, qui laisse pantois. Maintenant, l'auditeur va s'effondrer, avec The Night Watch. Jusqu'au bout, cette chanson, mélange d'enregistrement studio et de live, fait chialer celui qui écoute. C'est avec ce morceau que, je pense, l'auditeur commence à avoir de sérieux problèmes cardio-vasculaires. La guitare de Fripp est juste sublimissime, Wetton y est déchirant... Bref, ce titre achève le niveau émotionnel. Cette sensation, l'émotion, on n'y pensera même plus. D'ailleurs, les battements de coeur de l'auditeur commencent à se faire rares.

A partir de maintenant, ce n'est que de l'impro live pour le reste de l'album. Et ça se gâte. Enfin... Trio demeure peut-être le seul et unique moment de répit du disque. Oui, cette sorte de ballade instrumentale toute calme et mélancolique, dans laquelle Bruford est aux abonnés absents (bah oui, sinon ça serait un quartet... ahem, désolé), est une petite merveille qui rend heureux si on l'écoute séparément. Car, malgré cet intermède, l'auditeur n'arrive décidément pas à faire le vide: ses nerfs demeurent plus que jamais tendus, déjà il tourne de l'oeil. Son coeur ? Pfff, ce n'est même plus la peine d'en parler... Et malheureusement pour lui, ce qui reste, est glauquissime. Ames sensibles s'abstenir pour la suite. The Mincer, dans lequel Wetton braille quelques phrases à la fin, est terrifiant. Enfin, je l'ai toujours vu comme tel. Fin de la face A en ce qui concerne le vinyle, et pourtant, malgré son morbide absolu, The Mincer n'est rien face à la suite.

La suite, deux longs morceaux, pouvons-nous seulement la décrire ? J'en tremble, rien qu'à cette idée. L'éponyme, Starless And Bible Black, tient en 9 minutes durant lesquelles l'auditeur peut faire ses adieux au monde. Mais, suis-je bête... il n'en a largement plus la force ! On dirait presque que ce titre, d'une noirceur terrifiante, angoisse même ceux qui l'ont composé. Fripp, Bruford, Cross et Wetton sont à fond, disons-le tout de suite, et n'offrent aucune seconde joyeuse: tout est calculé pour déranger. Je n'imagine même pas comment le public a dû se sentir quand ils ont entendu cette impro en direct live... Et enfin, la grosse viande. Les 11 minutes de Fracture sont tout simplement indescriptibles. Ce morceau porte bien son nom: l'auditeur est au fin-fond de la torture et va directement être achevé d'une mort lente et douloureuse avant de plonger en enfer. Comme pour nous terroriser, cette impro signée entièrement Fripp commence tout doucement, avant le premier break, quelques secondes complètement écorchées, où la guitare semble souffrir, être à bout de nerfs. On réentendra le break une ou deux fois avant que l'impro ne se poursuive. Un xylophone tétanisant vient jouer le thème principal; à ce stade là, l'auditeur éprouve une douleur insupportable, il ne respire déjà plus. Puis, Fripp joue avec les nerfs du public, alternant entre quasi-silence que l'on dirait fantômatique, et métal progressif écorché vif. Puis le silence atteint son pic au bout de 7 minutes. Et là, préparez-vous bien, c'est le choc absolu de tout mélomane: à 7'40 exactement, tout EXPLOSE. Et ce jusqu'à la fin du morceau. C'est à cette seconde même que l'auditeur est enfin libéré, bah oui, ses nerfs ont pétés, il ne manquait plus que ça: il peut donc poursuivre son voyage dans les méandres de... enfin bref, côté musicos, ils n'en peuvent plus, leur propre musique les réduit au néant, elle a pris le dessus, est devenue incontrôlable, possède tout le monde, d'ailleurs, même votre chroniqueur ne se sent pas bien, là. Il a suffi de trois minutes pour que la Terre se réduise à l'état de chaos. Tout fond en toirs minutes, nous ne sommes plus rien. La musique contrôle absolument tout, c'est l'effet de Fracture, sûrement une des pièces musicales les plus grandioses de l'histoire du rock.

En réalisant ce disque, King Crimson a trouvé comment exprimer l'inexprimable. Il s'est passé un choc monumental, mais clairement, il y a un avant et un après Starless And Bible Black. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour s'en rendre compte, mais un jour, vous devindrez l'auditeur, et vous ressentirez ce qui a été dit dans cet article. Oui, vous ressentirez au plus profond de vos tripes l'émotion de The Night Watch, la grandeur de Lament, le sentiment indescriptible et surhumain de Fracture. Et, de votre monde chaotique, vous pourrez crier: CE DISQUE EST L'UN DES PLUS QUINTESSENTIELS QUI SOIENT !!!

1. The Great Deceiver (4.02)

2. Lament (4.00)

3. We'll Let You Know (3.42)

4. The Night Watch (4.39)

5. Trio (5.40)

6. The Mincer (4.08)

7. Starless And Bible Black (9.10)

8. Fracture (11.17)